Il était une fois en la terre de France un sacré mur, et fort haut, sur quoi on s’adossait yeux fermés, voire avec un sourire un peu fier. D'un côté de ce mur étaient les partis républicains, de quelque bord qu'ils soient. De l'autre étaient les boues noires de l'extrême droite.


21 avril 2002, alerte rouge. L'eau fangeuse monte si haut qu’elle menace le territoire. Si haut que les électeurs de gauche allèrent faire leur devoir : ils se mirent en route et votèrent Chirac. Sans joie au cœur mais ils le firent. Evidemment ils le firent. On se reconnaissait, au bureau de vote, les têtes basses, les pieds traînant vers l'isoloir. Mais aussi croisant, devant l'urne, le regard d'un des scrutateurs, de droite. Qui nous disait : pas facile, mais merci.

 

De rien, Républicain, et à charge de revanche.

 

22 avril 2012, nouvelle alerte, maximale. Le mur vient d’être fracassé depuis l’intérieur, par une fraction de la droite elle-même. Les brèches s'ouvrent de toutes parts, gueules déversant jour après jour leurs antiques exécrations, leur éternelle malfaisance. Maudissant de chimériques coupables. Responsables les étrangers, les chômeurs, les « faux » travailleurs, les mauvais Français, les profiteurs, les « assistés ».


Gens de droite ? Où êtes-vous, que faites-vous, qu’entendez-vous ? Allez-vous laisser béant ce sacré mur qu'on a défendu, ensemble, en 2002 ? Allez-vous laisser faire ?

Une petite chose. Tout au long du Moyen-Âge, lors de chaque épidémie de peste, on désignait les responsables du fléau : les étrangers, les errants, les mendiants et les juifs. On les torturait, et on les brûlait. On les extermina par dizaines de milliers, pendant des siècles.

 

Au fait, on s'était trompés : la coupable était la puce du rat.

 

Quand comprendra-t-on ?