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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 08:00

EDGAR MORIN -2013- : CRÉONS UNE CONFÉDÉRATION DES BONNES VOLONTÉS - LET'S CREATE A GOOD WILLS CONFEDERATION

« Je voudrais parler des obstacles préliminaires à surmonter pour convaincre. Le premier obstacle, c'est une structure de pensée, quand on ne voit pas d'autre issue que dans le jeu d'une économie libérale, d'une croissance indéfinie supposée résoudre tous les problèmes.

Quand on sait qu'il n'y a pas de solution dans l'économie bureaucratisée de l'URSS ni dans la voix néolibérale, il reste à convaincre ceux qui sont dans le désarroi qu'on doit changer cette vision des choses, cette structure de pensée qui ne voit qu'en alternative croissance versus décroissance, mondialisation versus démondialisation.

Cette structure de pensée n'est pas ouverte, elle ne permet pas d'intégrer les idées qui fermentent depuis tant d'années : l’économie sociale et solidaire, celles de Roosevelt 2012, celles de l'agro-écologie qui, rassemblées ensemble, peuvent donner le visage d'une politique.

Mais on n'y arrive pas.

Comment donc s’y prendre pour changer la structure de pensée, une pensée capable de concevoir la complexité du problème, de faire des liens, capable d'inventer une nouvelle perspective.

C'est à l'occasion d'une crise psychologique ou mentale que cette structure de pensée peut se modifier.

Une chose est plus facile, c'est le problème de l'erreur et de l'illusion. Quand nous considérons les idées du passé, elles nous semblent un tissu d'erreurs et d'illusions : le fascisme, le communisme, le progrès comme loi historique sont autant d’erreurs et d’illusions. Et aujourd’hui, pourquoi serions-nous à l'abri d’autres erreurs et illusions ? N'est ce pas une erreur de sous estimer le pouvoir de l'erreur ? Ce bricolage politique fait de compromis en naviguant à travers les obstacles n'est il pas une erreur que nous faisons ? Il faut faire des paris politiques qui risquent l'échec mais qui peuvent aussi corriger l'action.

Tant qu'on n'a pas pu convaincre que l'erreur et l'illusion continuent à régner – en particulier l'illusion néolibérale –, on ne peut pas proposer les autres voies, celles où de gros efforts de pensées ont déjà été fait et qui indiquent une direction possible.

Aujourd'hui, il ne faut pas se limiter à la voie économique, il y a l'économie verte, une nouvelle façon de concevoir la ville, la circulation, l'habitat, la production, la distribution, la consommation, rétablir les contacts directs, la terre qui est en train d'être assassinée par l'agriculture industrialisée qu'il faut faire régresser au profit de l'agroécologie.

Pour lutter contre la sclérose d'une structure de pensée, il faut répéter qu'en faisant confluer ces nouvelles idées, il faut aussi changer la pensée et la conscience. « Soyez déjà le changement que vous souhaitez voir dans ce monde », disait Gandhi.

Il faut mettre en place une grande confédération des bonnes volontés qui rassemble des groupes et des personnes aujourd'hui dispersées et où la convivialité, la solidarité, la discussion et le partage seraient au cœur du système, à l’inverse d’une politique actuelle qui n’a fait qu’aboutir à une solidarité aujourd’hui désintégrée.

Une confédération où peuvent s’associer des idées très différentes mais complémentaires ; cela nécessitera un effort de pensée mais cela montrera qu'on ne propose pas seulement une réforme économique nécessaire, mais qu'on a une vision d'ensemble du salut applicable à notre pays, à l'Europe et à la planète entière.

Il faut mettre en relation ces trois ou quatre préliminaires. Cette structure de pensée dictée par l'enseignement nous impose une vision compartimentée des connaissances et nous empêche d'avoir une vision globale des problèmes.

Les sources de la morale sont sociologiques (solidarité et responsabilité sont les fondements d'un minimum de vie en société) et anthropologiques. Y cohabitent la logique du « nous » -de la vie en communauté – et la logique du « moi d'abord » – qui est hypertrophiée dans notre société.

Ensuite il faut montrer que l'illusion et l'erreur sont les choses les plus courantes de notre vie.

Enfin nous devons montrer qu'il n'y a pas un modèle de société mais des mesures complémentaires qui indiquent un chemin nouveau et essayer de rassembler au maximum les bonnes volontés convergentes pour cette confédération des bonnes volontés. Faire de la symbiose, de la confluence.

Nous n’avons plus que quelques mois pour essayer de créer un sursaut au niveau le plus haut, au niveau du chef de l'Etat. »

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