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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 08:31

     

Par Claude-Marie Vadrot

 

Les insecticides, très utilisés par les jardiniers amateurs, menacent la biodiversité et la productivité des jardins potagers.

 

Autour de mon cerisier de Sibérie, de deux abricotiers et aussi d’un pêcher précoce, les bourdons, les papillons et bien entendu les abeilles s’affairent pour butiner les fleurs. Ils sont des milliers à avoir surgi il y a quelques jours pour les polliniser avec entrain avant de se hâter vers leurs nids ou les ruches pour déposer les sucs récoltés. Ces insectes sont promesses indispensables de belles récoltes. Dans les arbres fleuris, le bourdonnement est incessant, fascinant, symbole de vie. Des oiseaux veillent pour prélever leur part qu’ils attendaient depuis leurs retours de migration. Ils seront remplacés par d’autres, au temps des légumes-fruits comme les tomates, les concombres, les poivrons ou les aubergines.


Que des centaines d’espèces d’insectes, dont je n’achève jamais l’inventaire, se concentrent sur mon jardin bio ne doit rien au hasard : instinctivement ou pour survivre, ils s’y réfugient pour fuir d’autres jardiniers amateurs et des maraîchers qui cèdent encore aux sirènes de l’agriculture chimique ; ou aux sollicitations des grandes jardineries qui continuent à vendre n’importe quoi en garantissant, avec tête de mort sur l’emballage, l’éradication de tout ce qui vole ou qui rampe.

Un rapide coup d’œil aux premiers fruitiers en fleurs des jardins voisins voués au chimique permet de constater que les insectes y sont largement moins nombreux.

 

Pas de papillons jaunes – le citron, premier à sortir des frimas – ou blancs surgis plus tôt qu’à l’ordinaire cette année, et encore moins de paon du jour dont les chenilles ne peuvent vivre que sur les orties que chassent impitoyablement trop de jardiniers, mais que je préserve en plusieurs endroits. Ce qui permet quelques soupes de fin de saison, quand les chenilles se sont toutes transformées en papillon.

Les orties qui piquent sont hélas considérées comme de « mauvaises herbes » alors que, même dans un jardin leur fonction écologique est essentielle.

 

Dans un jardin, la nature ne doit pas être « propre », sous peine de remettre en cause toutes les synergies et échanges qui garantissent la biodiversité et donc même la productivité d’un jardin potager. Il n’existe pas plus de « mauvaises herbes » qu’il n’existe d’animaux « nuisibles ».


Cette notion a été inventée dans la seconde partie du XIXème siècle par tous les scientistes qui voulaient (enfin ! disaient-ils) mettre de l’ordre dans une nature qui leur faisait peur depuis des siècles. C’était au temps où un Allemand, le baron Justius Liebig, inventait les premiers produits chimiques pour l’agriculture que les premiers conservateurs de la nature dénonçaient en vain. Ils rappelaient également au monde agricole qu’il ne fallait surtout pas éliminer les oiseaux insectivores qui en se nourrissant de tout ce qui vole ou grouille maintiennent l’équilibre ; même dans un jardin façonné par un jardinier.

 

Un jardinier doit, loin de l’idéologie du propre qui sévit encore, laisser de la liberté à ce qui pousse, maintenir la balance entre le naturel du jardin et les nécessités de la production. Y compris en mélangeant fleurs, fruits et légumes tout en laissant une part, bien petite en fin de compte, à tous les animaux qui s’y pressent. Y compris évidemment aux insectes dont on sait trop peu qu’un certain nombre sont protégés par la loi : une vingtaine d’espèces de papillons mais aussi plusieurs dizaines d’autres moins connus et aussi utiles.

 

Le décret du 6 mai 2007 fonctionne aux limites de l’absurdité : pourquoi, et surtout comment, protéger des insectes dans un pays où l’épandage des insecticides est libre et où une circulaire du 5 mars dernier autorise les épandages aériens par avion ou par hélicoptère ; une façon d’en mettre partout et n’importe où et sur la population rurale. Il ne suffit pas d’inaugurer des nouveaux ruchers « pédagogiques » à tour de bras – c’est la mode – pour sauver les abeilles, il faut interdire les insecticides en vente libre et tous les autres mis à la disposition des agriculteurs industriels qui s’empoisonnent souvent avec. Que deviendra le monde voué à l’insecticide suprême dont rêve l’agro-industrie avec des produits destinés à « simplifier » la nature au-delà du supportable. Alors que le salut est dans la diversité.


Il faut des années, je m’en suis rendu compte, pour qu’une petite parcelle retrouve toutes ses formes de vie cachées ou invisibles. À ceux qui en douteraient, une expérience permet de le vérifier.

 

Si on dispose d’un jardin avec de l’herbe (plutôt que la pelouse stérile), il suffit de délimiter deux cercles d’un bon mètre de diamètre, l’un plutôt au soleil, l’autre plutôt à l’ombre. Et d’attendre. Un an, deux ans, longtemps, indéfiniment que l’herbe y pousse et y meure sans que jamais elle ne soit coupée. Surgiront alors des plantes et fleurs en dormance depuis longtemps ou bien apportées par le vent et les oiseaux. Peut-être, un jour un arbuste. Surgiront en même temps ou ensuite une cohorte de petits ou grands insectes et une microfaune de plus en plus riche. Ce qui attirera des oiseaux et d’autres insectes encore plus gros.


Peu à peu, loin de toute intervention humaine, de tout arrosage, de tout produit, se reconstruira une extraordinaire biodiversité fleurie auparavant insoupçonnable. Restera à en faire l’inventaire...

 

(Photo : AFP/Julian Stratenschulte/DPA)

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