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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 08:39

Par Raymond Monedi

 

ANOMIE. État de désorganisation, de déstructuration d’un groupe, d’une société, dû à la disparition partielle ou totale des normes et des valeurs communes à ses membres. Une société dans laquelle les institutions et les normes sont précises, rigoureuses et efficaces est une société « normée » ou encore « conformiste ». les modèles de conduites qu’elle propose ne souffrent guère d’exceptions. Par contre, lorsque les normes se multiplient et s’affaiblissent par leurs contradictions, lorsque les individus peuvent échapper facilement, soit par leurs réactions propres, soit en vertu de l’inexistence des normes, à la pression des institutions, on dit que le groupe est en état « d’anomie » !

Emile Durkheim, et à la définition du Larousse :

 

Les sciences économiques et l’emploi

 

C’est l’économiste Alfred Sauvy lui-même qui a dit, il y a près d’un siècle déjà, « que c’est la défaillance des sciences économiques qui engendre le chômage. Ceci dans le souci de ne déplaire à personne ; mais surtout de plaire à l’opinion. Autrement ce serait un suicide politique ! » Par ce curieux constat, on mesure à quoi peuvent tenir les grandes décisions prises par nos grands dirigeants, plus ou moins ’anomisés’ ! C’est certainement pour cela que nos entreprises ont automatisé et robotisé à tout va ! Mais nous avons dû moderniser trop tôt et trop vite, car nos moyens d’écoulement eux, n’ont pas suivi. C’est ainsi qu’aujourd’hui et contrairement à ce que pensent nos responsables, les problèmes de chômage proviennent surtout de nos surcapacités de production, nous arrivons alors à une situation aberrante qui fait que pour vendre, les entreprises doivent toujours :
1 - En cas de concurrence économique,baisser leurs prix.
2 - en cas de concurrence technologique, innover, innover !
C’est un comble ! Ce sont nos propres progrès, mal venus, superfétatoires et souvent mal gérés par des technocrates sans foi, ni loi, qui génèrent le chômage !

Sur-innovez, sur-produisez et sur-consommez

Imperturbablement, malgré le chômage et les problèmes humains que cela pose, on continue à surproduire et à moderniser tous azimuts, au point qu’actuellement nos entreprises sont plutôt en surcapacité de production. Alors, toujours en adepte de la stratégie de la ‘fuite en avant’, on les pousse à exporter, à innover et aussi à faire de la publicité, pour inciter à leur tour, les consommateurs à consommer plus ! C’est ainsi que dans les pays dits développés, on a basé l’économie sur une consommation pour ainsi dire, ‘ forcée’ ! Et pour cela, une seule solution : enjoliver l’esthétique et pousser la publicité, des produits ou des besoins nouveaux, bien souvent d’ailleurs, inutiles ! On pourrait même dire aujourd’hui, que l’on ne vend plus des produits pour satisfaire des besoins, mais on crée de nouveaux besoins, pour vendre des produits ! À cette fin, on a même inventé de nouvelles techniques, dites de « marketing », pour informer les gens des nouveaux besoins qu’ils pourraient avoir, sans le savoir.

La dangereuse manipulation des cerveaux

Et si l’on n’y prend garde, toutes ces techniques de manipulations cérébrales parviendront bientôt à créer, comme l’avait si bien prédit Aldous Huxley, dans son livre prémonitoire « Le Meilleur des Mondes », des régiments entiers de ‘clones’ qui marcheraient d’un même pas et qui consommeraient n’importe quoi. Que ce soit par des moyens génétiques ou psychiques, l’objectif recherché est de ramollir la volonté des gens, pour mieux les manipuler ! Il faut savoir que déjà aujourd’hui, par des méthodes dites « subliminales » (plus ou moins interdites d’ailleurs), la propagande politique d’un gouvernement, est à même de conditionner à son avantage l’opinion de ses Électeurs. Pour ce qui nous concerne, nous avons beau jeu de parler de : Liberté, d’Égalité et de Fraternité, alors que nous ne sommes même pas capable de voir que nous commençons déjà, nous aussi, à être bien pris dans une anomie généralisée. Et en cela, nous les Français, nous n’y avons même aucune excuse, car nous avons été avertis ! Un sacré avertissement, nous avait en effet été donné un certain mois de ‘Mai 68’, de la part de notre jeunesse d’alors !

Le refus d’une société trop précaire

Il est symptomatique que ce soit les jeunes qui aient crié « casse-cou » au monde entier. Mais rien de plus normal au fond, parce que, comme il a été dit, nous adultes sommes déjà trop soumis et trop intégrés à la société de consommation pour avoir des réactions aussi spontanées. Nous vivions et nous vivons toujours au rythme du « métro-boulot-dodo », comme ils disaient alors ; aujourd’hui il faudrait même y intercaler en plus « la vidéo ». Reconnaissons qu’au-delà du rejet d’une société essentiellement mercantile et technologique, la jeunesse a surtout manifesté pour le refus d’une vie trop précaire, sans réelle promesse d’accomplissement et sans possibilité de réalisation de soi ! Et ce n’est certes pas, par hasard, si nous retrouvons là, les hauts niveaux de la « pyramide des besoins humains » du célèbre psychologue américain, Abraham Maslow. Avec le recul, nous savons que Mai 68 a laissé apparaître, d’une manière malheureusement trop fugace, les fondements possibles d’un nouveau modèle de société, d’une civilisation allant vers la promotion de l’homme intégral qui saura demain, conjuguer harmonieusement les verbes : « Être » et « Avoir ».

Mais aujourd’hui, l’anomie est confirmée

Nous avons vite oublié l’avertissement gratuit des jeunes, et vaille que vaille le monde industrialisé est reparti, continuant comme auparavant à avoir pour principal objectif ses seuls résultats économiques et financiers, car l’argent continue plus que jamais à mener le monde. Et nous, ‘clones’ bien conditionnés, nous continuons imperturbablement a ânonner la leçon que l’on nous a bien apprise : Je produis, tu produis, il produit, ou bien , je consomme, tu consommes, il consomme. Oui ! Le qualificatif ‘anomique’ correspond très bien à l’atmosphère sociétale, lourde, incertaine et quelque peu désordonnée, dans laquelle vit la France depuis la fin de la dernière guerre. Cet état très particulier concernant une société qui se défait, qui se dilue et qui dégénère, n’est pas très facile à expliquer ; Faisons donc appel à son créateur :

 

De plus, poussant plus avant ses réflexions, Durkheim ajoute, dans son livre, « le suicide » édité en 1897, que dans une société donnée, le taux des suicides est le véritable indicateur du niveau d’anomie, qui existe dans cette société ! Et ce constat fait, il y a près d’un siècle déjà, se confirme et s’aggrave de plus en plus de nos jours, où malgré un silence discret, tout le monde sait très bien que le nombre des suicides est en très forte recrudescence, notamment parmi la jeunesse ! Ce qui nous prouve que, contrairement à ce que beaucoup pensaient à l’époque, et pensent encore aujourd’hui, l’inquiétude de nos jeunes de Mai 68, quant à l’avenir de la France, était très largement justifiée !

La France commence à perdre son âme

Mais, déjà conditionnés en partie par ‘l’Anomie’ ambiante, nous ne nous en apercevons même pas ! Pour vous en rendre compte, facile : consacrez une de vos soirées télévisuelles, à ne regarder, avec attention et en continu, que des informations et des actualités, mais à les regarder, sans a priori bien sûr, et en prenant pleinement conscience des faits que vous visionnez et des commentaires entendus. Vous serez alors surpris du laxisme de vos jugements ; c’est-à-dire de votre niveau ‘d’anomie’ ! Vous verrez comment, des faits réels et des situations particulières, qui autrefois vous auraient choqué et, même révolté, sont devenues pour vous, très banales. Ceci, parce que par une évolution normale des choses, la faiblesse engendre le laxisme, qui à son tour engendre la déréliction, qui engendre l’anomie !


- Qui s’étonne aujourd’hui, de la recrudescence de la violence ? De l’accroissement des attentats, et des meurtres ? Et de voir que tous nos voyants moraux sont au rouge ?


- Qui s’étonne de la multiplication des règlements de comptes entre bandes rivales ?


- Qui se révolte encore des viols, d’enfants ou de joggeuses souvent suivis de crimes, pratiqués par des voyous sans foi ni loi, le soir aux coins des bois ?


- Qui se révolte de la corruption généralisée dans toutes les sphères de la société ?


- Qui se révolte encore de la spéculation argentifère de la meute financière.


- Qui osera hurler contre les rémunérations et tous les avantages dantesques, que s’attribuent tous les mafieux du CAC 40 et leurs consorts ! Et de même, contre les salaires mirobolants des footballeurs, des chanteurs et autres amuseurs publics ?


- Qui osera hurler contre les immondes abus qui provoquent les énormes déficits de la sécu, et autres institutions d’aides sociales ?


- Oui ! Qui, qui, qui ? Qui se révoltera. Qui hurlera. Qui osera, un jour, casser la baraque pour mettre enfin de l’ordre, dans notre belle maison de France ?

 

Pas un ‘Ancien’ c’est certain ! Parce que, nous les ‘adultes’, nous sommes déjà trop ‘conditionnés’, trop ‘anomisés’, par un système ‘ultra-libéral’, dans lequel le profit prime sur toutes les autres choses, et où les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent, et aussi, où trop de liberté, tue la liberté, d’être heureux ! Qu’on le veuille ou non, seule la jeunesse, avec la foi, l’amour et le dynamisme que l’on a, à vingt ans, pourra faire exploser ce sacré capitalisme, honteux et inhumain, et créer un nouveau modèle de vie, basé sur un ‘libéralisme humaniste’ qui nous apportera enfin le bonheur et l’amour d’autrui, que nous attendons tous ! Alors, allez les jeunes, allez, à quand, le prochain mois de Mai...

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