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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 13:01

Toulon II : Ségolène Royal corrige la copie de Sarkozy

  par Sylvain Courage     

INTERVIEW. Au lendemain de l'intervention du chef de l'Etat, la présidente de la région Poitou-Charentes dénonce "75 discours sur la crise, pour ne rien faire".

Le 18 novembre 2011, Ségolène Royale lors de la clôture du 51e congrés de sa confédération à Poitiers. (AFP /PIERRE ANDRIEU) Le 18 novembre 2011, Ségolène Royale lors de la clôture du 51e congrés de sa confédération à Poitiers. (AFP /PIERRE ANDRIEU)
 

- J’ai compté ! Depuis 2007, Nicolas Sarkozy a tenu 75 discours sur la crise, 75 discours pour ne rien faire ! Cela fait trois ans que j’étudie ses déclarations. Dans cette litanie, les arguments, hélas, se rangent en deux catégories : les promesses non-tenues et les contradictions. Si bien qu’il ne lui reste que deux thèmes à exploiter - l’urgence et la peur - qu’il a matraqués lors de son discours de Toulon hier. Mais j’espère que les Français vont comprendre que la peur, c’est lui, parce qu’il n’a cessé pendant toutes ces années d’aggraver la crise et le chômage. Et que l’urgence, c’est de changer de président en 2012 pour agir enfin.

 

Quelles sont les principales promesses non-tenues que vous avez identifiées ?

 

- Les fausses résolutions de Nicolas Sarkozy devraient indigner nos compatriotes. En 2008, dans son premier discours de Toulon, il avait promis une moralisation du capitalisme financier. Il n’a rien fait dans ce sens. Strictement rien. Le Président s’était aussi engagé à lutter contre les paradis fiscaux. Or, il n’a même pas été capable d’interdire aux banques françaises d’y gérer des avoirs. La limitation des rémunérations des traders, est aussi restée un vœu pieu. Plus grave encore pour les Français : Nicolas Sarkozy a juré à de nombreuses reprises qu’il n’augmenterait pas les impôts. Or, les taxes se sont multipliées comme par enchantement ces derniers mois. Dans ce domaine, le gouvernement a même fait preuve d’une créativité proprement extraordinaire !

 

En quoi s’est-il contredit ?

 

- Jusqu’à une période récente, Nicolas Sarkozy prétendait défendre l’indépendance de la France vis-à vis de l’Allemagne.  Aujourd’hui, il soutient qu’il n’y a pas d’autre solution que l’alignement sur la politique des conservateurs allemands. Il a d’abord prôné la création d’euro obligations pour éviter aux pays européens d’être étranglés par la hausse spéculative des taux d’intérêts. Puis il a écarté cette mesure logique pour complaire à son alliée Angela Merkel… Et aujourd’hui, après avoir tant tergiversé, les euro obligations refont une apparition dans son discours. Il en va de même concernant le rôle de la BCE. Sarkozy a d’abord dit qu’il ne fallait pas toucher à cette institution, puis il s’est prononcé pour sa réforme. Et voici maintenant qu’il défend son indépendance. Toujours pour satisfaire la vision allemande. Ce qui frappe par-dessus tout, c’est la répétition des effets d’annonce sans passage à l’acte.

 

Comment faut-il lui répondre ?

 

- En expliquant sans relâche aux Français qu’il existe un contre-projet. Que Sarkozy n’est pas le plat unique au menu ! Comme je l’ai fait pendant la primaire, je pense que les socialistes ont intérêt à proposer une vraie réforme du système bancaire avec séparation des activités entre la spéculation et la gestion des dépôts, interdiction des filiales dans les paradis fiscaux… Il faut aussi mettre l’accent sur l’initiative de croissance, comme le propose notre candidat François Hollande. La création d’une banque publique d’investissement pour financer nos PME est vitale. A l’échelle européenne, le Fonds de Stabilité et la BCE doivent devenir des outils aux mains des politiques pour assurer une vraie relance à l’échelle du continent. Pas une fois dans son discours de Toulon, Sarkozy n’a fait référence à l’impulsion d’un Etat-stratège. Voilà qui en dit long sur son absence d’ambition.

Interview de Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes, par Sylvain Courage - Le Nouvel Observateur

(Vendredi 2 décembre 2011)

 


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