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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 17:08
Au Brésil, Ségolène Roya rencontre le Président Lula et Dilma Rousseff
sur l'alternance de gauche à la mondialisation
 

« Je sors de l'entretien avec Lula que j'ai retrouvé avec joie, charismatique et simplissime.
Avec son CAP de tourneur comme seul diplôme, il a tenu tête au FMI et aux banques et surmonté 2 grandes crises économiques. 84% de popularité à la fin de son second mandat. Qui dit mieux ? »

 

 

Cher(e)s ami(e)s,

Le Président Lula m'a très chaleureusement et longuement accueillie à Brasilia, lui qui m'avait déjà reçue fin janvier 2009 en marge du forum social mondial de Belem. Lula est assurément un des grands leaders de ce XXIème siècle : grâce à lui, le Brésil a réussi à surmonter deux graves crises économiques, à assainir ses finances, à créer des millions d'emplois et à diminuer la pauvreté. Il m'a dit hier que l'un des bilans dont il était le plus fier est d'avoir permis à 30 millions de brésiliens de sortir de la pauvreté pour intégrer les classes moyennes. Nous avons parlé de ce modèle brésilien qui est un exemple à suivre, non seulement pour les pays émergents mais aussi pour les pays les plus développés. Nous avons discuté de la gauche et de cette nouvelle voie possible vers une autre mondialisation, plus juste et qui place l'être humain et son environnement au coeur de toutes les décisions politiques. J'ai eu plaisir à lui remettre l'ouvrage que j'ai écrit sur la mondialisation intitulé « Obama, Lula, Forum Social, 10 leçons convergentes » (publications Fondation Jean Jaurès) qui va bientôt être traduit en portugais en édition universitaire.
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J'ai ensuite apporté tout mon soutien et mes encouragements à Dilma Rousseff, candidate à l'élection présidentielle brésilienne, dont Lula m'a dit le plus grand bien quelques instants auparavant. Dilma m'a fait part de sa détermination et de ses convictions dans ce nouveau combat qui est le sien pour accéder à la présidence de la République est compétente, courageuse et déterminée. Elle m'a raconté son parcours, et comment elle a mené à la demande de Lula le grand plan de croissance du Brésil ces dernières années. J'ai été très impressionnée par la force qui se dégage de cette femme, dont toute la vie a été un combat. Combattante dans les rangs révolutionnaires dans sa jeunesse, elle a été emprisonnée et a refusé de parler sous la torture. Elle a fait face très récemment avec beaucoup de courage à un cancer du sein.

Elle m'a invitée à revenir à la rentrée de septembre au Brésil pour la soutenir lors d’un meeting. Je lui ai répondu que j'aurai plaisir à être à ses côtés et à lui renouveler mon soutien. Cela me rappellera les meetings chaleureux et enthousiastes avec Michelle Bachelet au Chili ou Christina Kirschner en Argentine.

J'étais, la veille, l'invitée de l’Université Candido Mendes de Rio de Janeiro, l’une des plus prestigieuses universités du pays. Ce déplacement dans cette ville est le premier depuis 18 ans quand je représentais la France au Sommet de la Terre en 1992 comme Ministre de l’environnement. Et je constate aujourd’hui combien fut décisif l’élan que nous avons alors construit pour que l’urgence écologique soit réellement et concrètement pris en compte par les gouvernements du monde entier.

C’est un élément fort de la leçon inaugurale que j’ai prononcée devant les étudiants et les professeurs de l’université Candido Mendes dont le thème était « l’alternative de gauche à la mondialisation : un autre monde est possible est c’est urgent ». Depuis plusieurs années, j’ai insisté sur l’échec de la mondialisation néolibérale : un an après la crise, on voit déjà les traders toucher de nouveau leur bonus, les banques utiliser la puissance publique pour reconstituer leur capacité de nuisance, et le système néolibéral se reconstituer malgré l’assurance qu’il nous mène à la faillite. Face à cela, je propose qu’émerge un nouveau monde possible, inspiré de ce qui est fait de mieux aux quatre coins de la planète, notamment par des leaders visionnaires et courageux que sont Lula au Brésil ou Obama aux Etats-Unis. J’ai fait cinq propositions pour répondre à la demande qui m’a été faite. 

-   Faire de l’efficacité économique et de la justice sociale un couple inséparable

-   Réhabiliter le rôle de l’Etat

-  Accélérer la croissance verte

-  Définir et protéger les biens publics mondiaux

-  Renforcer la démocratie participative comme condition de l’efficacité politique.

(Tout le texte est sur le site de Désirs d’Avenir)

Comme je l’ai indiqué, nous avons aujourd’hui les clés, nous avons la capacité d’opérer une véritable métamorphose selon le mot d’Edgar Morin, si nous avançons avec courage, si nous faisons inlassablement tomber les barrières des idées reçues, bien plus dures à briser que les barrières de pierres.

La réalité c’est que le
XXIème siècle est le siècle des citoyens et de la parole citoyenne, de la force citoyenne. C’est à nous de saisir cette opportunité pour faire avancer le monde.

Cela implique aussi d’être toujours aux côtés des plus démunis et de ceux qui souffrent. J’ai été honorée de devenir jeudi citoyenne d’honneur de l’Etat de Rio après un vote à l’unanimité du parlement de Rio. Et j’ai tenu, comme un premier geste, à aller rendre visite aux victimes sinistrées des inondations qui ont frappé si durement cette ville en début de semaine. En compagnie du député de Rio, je suis allée à la rencontre des familles sinistrées hébergées dans les quartiers populaires de Rio, dans un gymnase puis dans une école primaire.

Amicalement

Ségolène Royal

 

 


 

Photos

 


4508939362_a2eaa8543e_o.jpgIl y avait longtemps que nous n’avions pas entendu un discours d’une telle force, de la part d’un représentant de la gauche française, pour porter l’idéal socialiste dans le monde. Dans son intervention à l'Université Candido Mendes de Rio de Janeiro, vendredi 8 Avril,  avant ses rencontres avec le président Lula et Dilma Rousseff, Ségolène Royal a rompu avec le discours social-démocrate qui s’était imposé au parti socialiste depuis Lionel Jospin, pour refonder un volontarisme politique à gauche.

 

Dans son intervention Ségolène Royal appelle la jeunesse, toute la jeunesse « d’où que vous veniez, quel que soit votre milieu social d’origine » à bâtir une « civilisation humaine, garante des droits humains ». 

Au début de son intervention, la socialiste est revenue sur deux événements récents l’investiture de Barack Obama et le Forum social mondial de Bélem, parce qu’ils ont soulevé une « immense mobilisation populaire et l’espérance », parce qu’ils prouvent qu’un autre monde est possible, parce que pour la socialiste : il faut changer le monde, « un autre monde possible, une alternative à gauche pour imposer le respect de l’être humain et de son environnement ».

 

Ségolène Royal dénonce un système capitaliste qui redresse la tête. Pourtant « la crise globale qui ébranle la planète disqualifie les donneurs de leçons, qui moquaient les mises en garde des altermondialistes et nous vantaient les charmes de l’Etat minimal, de l’abaissement des protections sociales, du productivisme prédateur et des prouesses des traders ». Elle dénonce un système qui conduit aux « émeutes de la faim, dans les rues de Bombay, de Dakar ou du Caire », un système dans lequel les salariés sont  « broyés par les mâchoires de fer du capitalisme financier ».

 

Pour mettre fin à ce système, Ségolène Royal ne se contente pas de dénoncer, elle propose  un projet alternatif à gauche, un projet socialiste autour de cinq grands axes :

            (1) Faire de  l’efficacité économique et de la justice sociale  un couple inséparable.

            (2) Réhabiliter le rôle de l’Etat, un « Etat anticipateur, porteur d’une vision à long terme de l’intérêt général »

            (3) Accélérer  la croissance verte, « c’est le gisement d’emplois et de qualité de vie de demain »

            (4) Définir et protéger les biens publics mondiaux car « la privatisation effrénée des services publics et la marchandisation croissante de tous les domaines de l’existence n’ont eu nulle part les effets vertueux que promettaient leurs partisans ».

            (5) La démocratie participative comme une condition de l’efficacité politique. Pour changer le monde, pour bousculer les gouvernants et imposer la valeur humaine, Ségolène Royal veut s’appuyer « sur la plus belle des forces : la force citoyenne. Qui émerge partout sur la planète, interpelle, questionne, revendique, propose ».

 

En portant haut et fort cet idéal socialiste, on retrouve avec Ségolène Royal la force de l’engagement d’un François Mitterrand. Après une très longue absence, les socialistes français reviennent enfin sur la scène internationale pour porter un message d’espoir en un autre monde, un idéal socialiste. Comme il y a eu en 1981 le discours de Cancun, on peut dire aujourd’hui que le discours de Rio fera date.

 

Philippe Allard, pour le blog militant Motion E

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Michèle Fazilleau - dans desirsdavenir86
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