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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 22:26

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François Hollande et Barack Obama à la Maison Blanche, le 18 mai 2012 (WITT/SIPA)

 

Il faut se méfier des cousins de province. Ils apprennent vite quand ils montent à la capitale. Certes, François Hollande est passé d’un seul coup du statut de président de la Corrèze à celui d'hôte de l'Élysée, comme l’a méchamment rappelé l’UMP Pierre Lellouche, l’ancien secrétaire d’État au Commerce extérieur. Mais le président Hollande s'était préparé et connaissait ses dossiers. Il vient de réussir son entrée dans le club fermé des grands de la planète.

 

Une cravate et des frites françaises


Il faut se méfier du nouveau président français. Barack Obama, après avoir comparé son nouvel interlocuteur avec son prédécesseur Sarkozy ("Monsieur Bling Bling" comme l’appelaient les Américains et les Canadiens), a découvert dans son bureau ovale une personnalité plus intransigeante qu’il ne le pensait.

 

Il ne s’agite pas, il ne joue pas les atlantistes, il n’est pas non plus à la remorque d’Angela Merkel. Au contraire, celui que Sarkozy présentait comme un mou au programme flou, quelqu’un qui ferait tout pour trouver des arrangements en cas de discussions serrées, a sans doute été sous évalué.

 

D’abord, il n’est ni stressé ni énervant comme son prédécesseur ; il ne parle pas à tout bout de champ de sa femme (d’ailleurs, il n’est pas marié) et de sa famille. Ensuite, il aime faire des petites blagues et Obama vient de trouver sur ce terrain son alter ego : il suffit pour s’en convaincre de voir la surenchère des saillies de l’un et de l’autre à propos des frites françaises et du cheeseburger de Chicago.

 

François Hollande est certes un cousin de province qui n’a pas entendu parler du Friday wear et qui est le seul chef d’État du G8 à se présenter en cravate à Camp David, mais il a le sens de la répartie. Quand Barack Obama, qui l’accueille à l'entrée de la Laurel Lodge, pantalon de toile marron et veste sombre sur chemise ouverte, lui lance : "François, on avait dit que tu pouvais enlever la cravate !", le président Hollande lui répond en anglais : "C’est pour ma presse !"

 

Hollande marque sa différence

 
Le sourire d’Obama s’élargit : "Pour ta presse, il faut que tu présentes bien", concède-t-il, alors qu'une haie de photographes immortalise son arrivée.

Plus tard, comme le veut la tradition, la Maison Blanche diffuse une photographie officielle du dîner. François Hollande y apparaît à la droite de Barack Obama, souriant et… sans cravate.

 

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Dîner du G8 à Camp David le 18 mai 2012

 

Il est comme ça, François Hollande. Il reçoit les informations mais ensuite décide selon sa propre stratégie, trace son sillon comme un paysan corrézien. Pour lui, un président "normal" qui représente pour la première fois son pays dans une réunion très importante à l’étranger se doit de respecter le peuple français.

 

La cravate s’impose dans la solennité du moment. Peut-être Hollande n’est-il pas loin de penser qu’il y a quelque chose d’artificiel voire d’impudique à s'exhiber devant les caméras du monde entier, à se taper ainsi dans le dos comme des amis de toujours, à se tutoyer, à s’appeler par son prénom au seul prétexte qu’on fait partie du club très fermé des grands de ce monde.

 

En arrivant le dernier et ainsi cravaté, malgré les consignes, François Hollande a peut-être a-t-il voulu marquer sa différence, envoyer un signal, quelque chose du genre : "Je fais ce que je veux, ne vous en déplaise" ; une attitude très mitterrandienne qui rappelle cette réponse attribuée au premier président socialiste à un militant qui lui demandait : "Je peux te tutoyer ?", "comme vous voulez !"

 

Un client moins facile qu’il n’y paraît


François Hollande, avec sa cravate et sa petite taille (Obama mesure une tête de plus que lui), son sourire et ses petites blagues, est un client moins facile qu’il n’y paraît. Le président américain s’en est aperçu durant cette heure et demie qu’il a passée avec lui en tête à tête dans le bureau ovale.

 

Sans doute, comme tous les Américains, ce dernier partait-il avec des a priori sur ce Français qui a déjà comme défaut d’être… français et donc, depuis de Gaulle, soucieux de son indépendance. Autres raisons de s’inquiéter, Hollande n’a aucune expérience dans le domaine international, n’est même pas marié à sa "first lady" et surtout, il est "socialiste", c’est-à-dire quasiment communiste Outre-Atlantique. Sans oublier un autre défaut majeur : il veut retirer par avance ses troupes d’Afghanistan.

 

Ils se sont entendus tout de suite


Pourtant, les deux hommes se sont, semble-t-il, entendus tout de suite. François Hollande a un caractère enjoué qui transparaît même dans un contexte de crise aussi difficile que celui que le monde occidental est en train de traverser ; de plus, il parle mieux anglais que Nicolas Sarkozy, même s’il ne parvient pas à se départir de son accent à la Maurice Chevalier.

 

Et surtout, Barack Obama a pu constater que les positions du président Hollande rejoignait les siennes sur la crise en Europe et lui permettrait de faire front commun face une Angela Merkel jusque-là toute puissante.

 

Alors que la chancelière évoque sans frémir une sortie de la Grèce de la zone euro et va jusqu’à vouloir transformer les élections grecques en référendum, François Hollande et Barack Obama sont convaincus que ce départ pourrait déclencher une crise majeure non seulement en Europe mais aussi aux États-Unis. De quoi ruiner les chances de réélection, en novembre prochain, du président américain.

 

Enfin, les deux hommes sont sur la même ligne pour réaffirmer la nécessité d’ajouter un volet croissance au traité européen sur l’austérité, même si à l’évidence ce ne sont pas pour les mêmes raisons : Obama entend stimuler les exportations des sociétés américaines sur le vieux continent.

 

Un deuxième test diplomatique réussi


N’empêche, François Hollande est en train de réussir son deuxième test diplomatique, une semaine après son entrée en fonction. On sait qu’il a paru s’entendre avec Angela Merkel à qui il avait réservé sa première visite le lundi 15 mai dernier.

 

La chancelière et lui n’ont eu de cesse de montrer qu’il n’y aurait pas de raté dans le duo franco-allemand et que tout serait "mis sur la table", les convergences comme les points de désaccord. Une sorte de mariage de raison pour le couple "Merkhollande".

 

En Amérique aussi, c’est un peu l’état de grâce entre le président Hollande et Barack Obama. Il faut dire que le chef de l’état français n’a aucun point commun avec son prédécesseur et ce n’est peut-être pas plus mal.

 

"The Economist" enterrait ainsi Nicolas Sarkozy, le 7 mai, au lendemain de sa défaite :

 

"M. Sarkozy semblait incapable de de contrôler ses propres impulsions, que ce soit pour exhiber sa nouvelle petite amie (Carla Bruni), pour humilier un leader en public (Silvio Berlusconi) ou tout simplement pour gérer son humeur (l'insulte lancée lors de sa visite au Salon de l'Agriculture). Si ses résultats politiques avaient été plus impressionnants, les Français auraient pu lui pardonner ses faiblesses. Ils ne l'étaient pas, ils ne l'ont donc pas fait."

 

Hollande entre au club

 

Au même moment, "The Washington Post" décrivait le nouveau président français comme "un socialiste modéré au sourire facile" tandis que "The New York Times" expliquait : "La campagne de M. Hollande a promis une France plus agréable, plus douce, plus inclusive, mais sa victoire sur Nicolas Sarkozy sera aussi considérée comme un défi à la politique d’austérité dans la zone euro dominée par l’Allemagne."

 

Durant le weekend du G8 à Camp David et les deux jours au siège de l’Otan à Chicago, François Hollande devrait réussir son examen de passage et être ainsi intégré parmi les grands de ce monde. Avec ses exigences sur l’Europe et l’Afghanistan. Avec aussi son socialisme, sa vie en concubinage, son sourire, sa cravate un peu kitch et son accent corrézien. Comme disent les Québécois : "Maudit Français !"

 

Source : Nouvel Obs

 

    

 

Lire aussi l'allocution de François Hollande à Washington à la communauté française

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