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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 11:23

La dégradation de la note française par Standard & Poor's, dont on mesurera bientôt les conséquences sur le financement de la dette française, constitue un échec pour Nicolas Sarkozy et son gouvernement

L'agence de notation Standard & Poor's a mis ses menaces à exécution, hier, en dégradant les notes de la France, de l'Autriche et de l'Italie.

L'agence de notation Standard & Poor's a mis ses menaces à exécution, hier, en dégradant les notes de la France, de l'Autriche et de l'Italie. (photo EPA/MAXPPP JUSTIN LANE)

 
 

Ce n'est pas vraiment une surprise, mais c'est une mauvaise nouvelle : la France a été dégradée par Standard & Poor's, l'une des trois plus célèbres et plus redoutées agences de notation. Bénéficiant jusqu'ici chez cet examinateur du fameux AAA, qui est devenu un thème de campagne électorale après n'avoir longtemps intéressé que les milieux financiers, notre pays s'est vu priver de ce label.


L'agence avait lancé début décembre un avertissement à la quasi-totalité de la zone euro, la France se voyant menacée de perdre jusqu'ici deux points d'un coup. Elle n'en abandonne pour le moment qu'un, tout en gardant sa note maximum chez les deux autres principaux acteurs du secteur (Moody's et Fitch).

 

Mais, à l'inverse, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et le Luxembourg restent, selon Standard & Poor's comme pour les autres agences, dans le rang des meilleurs élèves. Les tenants et les aboutissants de la sanction infligée à Paris peuvent se résumer de la façon suivante.

 

1 Incontournables agences

 

Il y a cinq ans, seuls les spécialistes connaissaient l'existence des agences et des notations. Aujourd'hui, leurs verdicts sont guettés comme les oracles de la Pythie de Delphes sous la Grèce antique. On ne saurait oublier pour autant qu'elles se sont fourré le doigt dans l'œil lors de la crise des subprimes qu'elles n'avaient pas vu venir, continuant à noter avec faveur les agrégats d'obligations en partie pourries mises sur le marché par les banques et les autres acteurs financiers, dont elles reflétaient en quelque sorte alors l'opinion.

 

Les agences se sont attiré les sarcasmes de certains commentateurs comme Jacques Attali, qualifiant leurs spécialistes de « journalistes, en mieux payé » ; ce qui n'est pas un compliment dans sa bouche.

 

Mais malgré les erreurs, et malgré l'hostilité qu'elles suscitent souvent, elles sont devenues de plus en plus incontournables dans le paysage. À cela deux raisons essentielles : d'une part, elles ne se trompent pas toujours ; d'autre part, dans un univers financier totalement mondialisé, où des milliards d'euros s'investissent chaque jour dans des obligations (titres de dettes) aux quatre coins de la planète, les gestionnaires de fonds, qui n'ont pas forcément les moyens de connaître intimement la situation financière d'entreprises et d'États émetteurs, ont besoin d'être éclairés. Les agences s'en chargent, parfois pour le meilleur et parfois pour le pire.

 

Les notations sont ainsi devenues un élément-clé de ce que les altermondialistes dénomment la « financiarisation du monde ».

 

2 Faiblesses françaises

 

Précédée par l'avertissement de début décembre, la dégradation de Standard and Poor's pendait, si l'on peut dire, au nez de la France. Car, sur plusieurs points, la situation de notre pays est moins bonne que ceux de ses voisins qui ont gardé leur triple A. Bien que sans doute légèrement inférieur à ce qui était redouté il y a quelques mois, le déficit public dépassera largement les 5 % du PIB, tandis que la dette s'approche des 90 % du PIB.

 

Le gouvernement peut certes faire valoir que les comptes publics ont dérapé avec le traitement de la crise de 2008-2009, et que des mesures fiscales parfois douloureuses ont été mises en œuvre dans les budgets 2011 et 2012 (relèvement de certains taux de TVA, taxes sur les mutuelles santé, etc.).

 

Mais ces décisions ne sauraient faire oublier qu'avec sa loi en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat (dite loi Tepa) de 2007, dont les catégories défavorisées n'étaient pas, loin de là, les seuls bénéficiaires, Nicolas Sarkozy avait plombé les comptes publics de quelque 13 milliards supplémentaires.

 

Et, sur un plus long terme, la France paie peut-être aujourd'hui le prix de n'avoir pas présenté un seul budget en équilibre depuis trois décennies, même quand la croissance gonflait les comptes de l'État.

 

Au-delà de ces problèmes budgétaires c'est peut-être la dégradation de sa compétitivité économique qui est stigmatisée par Standard & Poor's : la croissance de notre pays a été sensiblement inférieure à 2 %, quand celle de l'Allemagne s'établissait à 3 %. Et notre balance commerciale, dont le solde 2011 devrait approcher les 50 milliards d'euros - l'équivalent de 3 millions de Mégane - n' a cessé de se dégrader ces dernières années.

 

3 Vraisemblables conséquences

 

Les marchés sont souvent imprévisibles et parfois irrationnels. Il faudra attendre le début de la semaine prochaine pour savoir si le carton jaune décerné par Standard & Poor's, entraîne une hausse des taux d'intérêt sur les obligations françaises. Ou bien si cet événement prévisible ne modifie pas sur ce point fondamentalement les choses.

 

A priori, il serait surprenant que les taux français (3, 29 %) grimpent d'un coup à des niveaux proches de ceux de l'Espagne (plus de 5 %) et de ceux de l'Italie.

 

Mais pour un pays comme le nôtre, qui doit emprunter près de 50 milliards cette année sur les marchés, et qui va consacrer 25 milliards - premier poste du budget - au paiement des seuls intérêts, toute hausse, même mineure, du taux d'intérêt se répercute sur le fardeau des générations futures.

Et cette hausse pourrait par ricochet alourdir le coût de financement des grands emprunteurs du secteur public (RFF, SNCF, Caisse des Dépôts, Poste, etc.), voire des collectivités locales dont une partie significative des ressources provient des subventions d'un État de plus en plus regardant à la dépense. Il risque aussi de compliquer la tâche du FESF, organisme mis en place par la zone euro pour aider les États les plus fragiles.

 

4 Incidences politiques

 

Nicolas Sarkozy avait un temps axé sa stratégie politique sur le maintien du triple A, utilisé notamment comme un argument essentiel pour faire passer la réforme des retraites. Depuis que la perte de la fameuse note était apparue inéluctable, le discours avait changé, François Fillon déclarant notamment il y a un mois que la notation n'était pas le seul élément « qui doit conduire le gouvernement dans ses choix ».

 

Aussi prévisible ait-elle été, la décision de Standard & Poor's n'en constitue pas moins un échec pour le pouvoir, sinon pour la France.

 

Ce qu'ils en disent:  

 

Martine Aubry, Première secrétaire su PS : «Cette perte du triple A sanctionne la politique suivie depuis 2007. M. Sarkozy restera le président de la dégradation de la France».

 

Ségolène Royal, PS : « Je demande d'urgence une réforme du système bancaire. [...] Tant que les banques commanderont au lieu d'obéir, l'économie française se dégradera ».

 

Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche : « L'agence de notation Standard & Poor's déclare la guerre de la finance contre la France. Il faut résister ».

 

Marine Le Pen, candidate du FN : « C'est la fin du mythe du président protecteur. Ça disqualifie tous ceux qui, de Nicolas Sarkozy à François Hollande, en passant par François Bayrou, ont défendu et imposé la monnaie unique ».

 

 

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commentaires

tutti 49 14/01/2012 12:11


Quelques commentaires me gènent actuellement.... En effet, sans dédouaner Sarkozy, loin sans faut, je trouve qu'on devrait nous "gens de gauche" balayer devant notre porte et penser qu'en
Espagne c'était un socialiste qui était à la tête du pays quand l'Espagne a commencé à souffrir de problèmes économiques. Pour la Grèce c'était différent puisque les chiffres avaient été
trafiqués par un gouvernement de droite au moment ou la demande d'adhésion à l'Europe a été effectuée. Moi je suis à gauche de la gauche mais ne souhaite pas qu'on oublie les erreurs de
Fabius, Aubry, DSK, Jospin et autres... qui ont leur part dans les déficits de la France. "Tout promettre pour s'assurer un électorat qui sera acquis" n'est certainement pas la solution !
Malheureusement c'est ce qui tend à se reproduire ! Où sont les propositions chiffrées de Hollande?

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