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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 08:23
C’est la fête aux abeilles…

Vendredi dernier, le nouveau ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, annonce qu’il retire sur-le-champ l’autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR. Ce pesticide, fabriqué par le géant suisse Syngenta pour enrober les semences de colza – 600 000 hectares en profitent - est fortement soupçonné de faire perdre le nord aux abeilles, incapables de retrouver le chemin de la ruche.

Mais elles ne devraient pas se réjouir trop vite. Un autre Cruiser reste, lui, autorisé pour le maïs, dont le pollen est la principale source de protéines pour les abeilles. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’Unaf, le syndicat apicole, a fait interdire trois fois de suite par le Conseil d’État les autorisations de mise sur le marché délivrées sans sourciller audit Cruiser 350 par le ministère de l’Agriculture sous Sarkozy.

 

Las de voir le Conseil d’État, qui n’est pourtant pas connu pour être un repaire d’écolos, donner raison aux apiculteurs, le gouvernement Fillon a pondu, en 2010, un décret fort opportun. Les juges du Palais-Royal n’ont plus le droit de se prononcer sur la commercialisation d’un pesticide : c’est désormais l’affaire des tribunaux administratifs, qui n’y connaissent pas grand-chose…


Pourquoi les apiculteurs attaquent-ils le Cruiser chaque année alors que la justice leur donne à chaque fois raison ? Tout simplement parce que le ministère de l’Agriculture s’est mis en tête, en 2008, d’autoriser le pesticide pendant un an au lieu des dix habituels. Résultat : quand le Conseil d’État rend sa décision, le maïs Cruiser a déjà été planté et moissonné depuis belle lurette. Et, comme par hasard , quand le Conseil d’État, irrité par le subterfuge, a exigé qu’on revienne à des autorisations de dix ans, un décret a refilé le bébé aux tribunaux administratifs.


« On a l’impression d’être face à un système mis en place pour contourner de manière systématique la loi et les décisions juridiques sur les pesticides au profit des intérêts de l’agrochimie », s’agace Bernard Fau, avocat de l’Unaf et cauchemar des fabricants de pesticides.


Syngenta, qui a déjà prévu d’attaquer la décision de la France sur son produit, a de fortes chances de gagner. Lorsqu’en 2009 l’Union Européenne a toiletté son règlement sur les pesticides, un article favorable au lobby agrochimique s’est discrètement glissé. L’article 49, que tout le monde à Matignon semble avoir oublié, indique qu’il est impossible d’interdire une semence traitée avec un pesticide si elle a déjà été autorisée par un État membre… ce qui est le cas du Cruiser, autorisé par plusieurs pays européens. Et ça, on parie que Syngenta va en faire son miel !


Le Canard Enchaîné N° 4784 du 4 juillet 2012

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