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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 09:17

 


C’était une époque, pas si lointaine, quarante ans, cinquante tout au plus, où aller à la campagne avait encore un sens bien particulier, pas simplement du fait de se déplacer, de quitter les maisons et les rues des villes et trouver des arbres, des prés, des chemins et des fermes. Aller à la campagne c’était « changer d’air », passer d’un milieu normalisé, rectiligne, aseptisé à un univers « plus naturel ». Mais le « naturel » n’était pas loin de la ville, car la ville n’était pas encore ce qu’elle est aujourd’hui... Et la campagne n’était pas encore ce qu’elle est devenue.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y avait bien sûr des liens entre les deux milieux, l’urbain et le rural. D’abord familial… Tout un chacun avait des descendants proches, parents, voire grands parents qui venaient de la campagne ou qui y demeuraient encore, ou du moins de la famille... Ce qui est beaucoup plus rare aujourd’hui.

 

La campagne c’était aussi un milieu différent et riche avec ses animaux, ses couleurs, ses odeurs. Lorsque l’on se promenait dans les prés, dans les champs, on faisait se lever des myriades de sauterelles, de papillons… L’été, on entendait les grillons, le soir les courtilières, la nuit on pouvait observer les vers luisants… On marchait au milieu des coquelicots, des bleuets, des marguerites… on mangeait des mûres le long des chemins.


Dans les étables, le ballet des hirondelles qui nichaient sous les poutres nous faisait baisser la tête dès que l’on entrait. On pouvait observer les oisillons qui piaffaient d’impatience en attendant la becquée. Un espace était aménagé dans la lourde porte pour laisser passer les oiseaux, lorsque l’on fermait. Dans les rivières on pouvait voir des écrevisses, des petits et gros poissons, des larves qui servaient d’appât pour la pêche, des libellules qui pullulaient au dessus des joncs ?... Sans parler des grenouilles et salamandres… Aux sources, on pouvait sans crainte se désaltérer. Au détour du chemin, au bord du champ, en juin, juillet, on rencontrait des paysans qui « faisaient les foins », on les aidait à « monter les bottes » sur les charrettes,… et parfois, à notre grande joie, ils nous faisaient conduire le tracteur… et dans certains coins de montagne, conduire les bœufs. Autour des fermes, à même la cour, le chemin, la mare, des cohortes de poules, poussins, canards, oies déambulaient à la recherche de vers de terre et de grains échappés des sacs de jute transportés.


En l’espace d’à peine deux générations, ce monde a pratiquement disparu, ou du moins s’est réduit comme une peau de chagrin. Discours de nostalgique dira-t-on,… les jeunes diront « de vieux ». Peut-être,… mais il y a plus grave que de la nostalgie dans ces observations. On assiste non seulement à la perte d’identité d’un milieu humain essentiel pour l’équilibre de la vie sociale, mais aussi à une dégradation gravissime de ce qui fait la richesse de notre environnement : la diversité biologique. Aujourd’hui trouver des sauterelles est un défi, le sifflement du vent a remplacé le chant des grillons, les jeunes apprennent ce que sont les courtilières et les vers luisants dans les pages encyclopédiques d’Internet. Les normes imposées ont standardisé les étables et les hirondelles ont quasiment disparues (85 % de disparition d’après certaines études)… Elles ont d’ailleurs de moins en moins d’insectes pour se nourrir,… ceux-ci ayant été massivement exterminés par les insecticides et autres pesticides.


Qui oserait aujourd’hui boire, en toute sécurité, l’eau fraîche d’une source ? Quel ruisseau n’est pas pollué ? Qui a vu des écrevisses dans nos rivières ? Qui oserait manger du poisson de nos cours d’eau ? Certains, sont introduits artificiellement les veilles d’ouverture de la pêche ( ?). Même le gibier, aux dires des chasseurs, aurait en grande partie disparu... au point que, là aussi, on « gère artificiellement la ressource ».

 

Quant aux rapports entre citadins et ruraux, ils ont évolué dans le sens de la séparation,… souvent de l’incompréhension,… et même, nous le verrons, en conflit. La concentration des exploitations, le remembrement administratif, la mécanisation à outrance, sans parler de l’exode rural,… ont à la fois coupé le monde paysan du reste de la société et lui ont imposé une normalisation destructrice.

La raréfaction tragique, voire la disparition progressive, de «  tout ces petits riens » qui « faisaient la campagne », dont on n’imaginait pas l’importance à l’époque, tellement leur existence était évidente, montre qu’une partie essentielle de notre monde disparaît, est anéantie par l’activité humaine… et pas seulement en France.


Contrairement à la « nostalgie de vieux » qui, somme toute, présente un caractère superficiel, voire, pour les jeunes, anecdotique, la perte, la disparition de la biodiversité présente un danger mortel pour l’avenir de l’humanité. Les rapports humains parfois inexistants, distendus et souvent de plus en plus conflictuels entre ceux de la ville et ceux de la campagne creusent un fossé de plus en plus large, et profond, entre deux mondes qui sont pourtant irrémédiablement complémentaires. C’est cette réflexion que voudrait susciter ce texte et le site qui vient de se créer sur ce thème : adap31.overblog.com. Demain sera ce que nous le ferons ! ! !

 

Patrick MIGNARD
Décembre 2012

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