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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 18:48

Le patron de Publicis va toucher 16 millions d'euros de rémunération supplémentaire en 2012, soit le plus gros chèque jamais touché par un dirigeant français. De quoi mettre à plat tous les efforts de Maurice Levy pour ressembler à un patron modèle.

Le PDG du groupe publicitaire Publicis, Maurice Levy, en décembre 2010.
Le PDG du groupe publicitaire Publicis, Maurice Levy, en décembre 2010.
Reuters/Mal Langsdon

 

Au mieux c'est une erreur de timing, au pire de communication. Ce mardi, Publicis a confirmé l'information de la Tribune.fr selon laquelle Maurice Levy, le président du directoire, allait toucher 16,2 millions de salaire différé cette année. Un joli petit pactole pour 2012, auquel il faudra ajouter sa rémunération habituelle.


Une information qui peut surprendre quand on sait que Maurice Levy a endossé le rôle de président de l'Afep pour redorer l'image déplorable des grands patrons. Et que pendant un temps au moins, il a parfaitement rempli le job. En juillet dernier, il emmène avec lui plusieurs milliardaires pour signer une tribune dans le Monde réclamant une surtaxe exceptionnelle pour les riches. Quelques mois plus tard, au moment de sa reconduction pour quatre ans à la tête du groupe, il décide de renoncer à la part fixe de son salaire (900.000 euros) pour ne toucher plus que la part variable, fonction de la performance de l'entreprise, mais dont il a quand même pris le soin de faire relever le plafond (de 2,7 millions à 5 millions d'euros). Comme Steve Jobs l'avait fait en son temps, Maurice Levy se targue alors de vouloir "hyper-mériter" ses émoluments.


Plus qu'une image de marque, Maurice Levy devient un exemple d'intégrité parmi les grands patrons. C'est d'ailleurs tout naturellement que Nicolas Sarkozy décide d'en faire un allié de campagne : "Heureusement que j'ai Maurice Lévy", déclarait-il récemment devant un parterre de chefs d'entreprise.


Alors comment expliquer une telle bévue, qui plus est de la part d'un professionnel de la communication? Ce dernier l'assure, il n'y voit aucune contradiction. Cette rémunération, déjà, n'est ni un bonus, ni un parachute doré, ni une indemnité de départ, mais une rémunération différée depuis 2003 qui a été conditionnée à plusieurs critères, parmi lesquels des objectifs financiers, et l'obligation d'être toujours président du directoire au 31 décembre 2011. Ainsi pour le patron de Publicis, qui reconnaît tout de même que la somme est importante, "tout est transparent depuis l'origine, tout a été présenté publiquement et à l'assemblée des actionnaires. Si j'avais reçu [cette somme] année après année et n'avais pas accepté cette idée de paiement différé à titre de rétention, on n'en parlerait pas", s'est-il justifié auprès du site du magazine Challenges.


Une aubaine pour le PS

Trop tard. Pour le PS l'occasion est trop inespérée de voir le chantre de l'autorégulation recevoir le plus gros chèque jamais encaissé par un dirigeant d'entreprise en France. Depuis ce mardi matin, les membres du parti se relayent pour tirer à boulet rouge sur celui que ses collaborateurs appellent "Monsieur toujours plus" ! Non seulement le méga-bonus permet de remettre en cause l'auto-régulation, qui n'est qu'"un leurre" selon Jérôme Cahuzac, mais c'est surtout un bon prétexte pour faire ressurgir dans le débat la proposition de François Hollande de taxer à 75% les revenus de plus de 1 million d'euros. Cette taxe justement que Maurice Levy avait balayée d'un revers de la main au prétexte qu'elle risquerait de nuire à la compétitivité des entreprises françaises, et qu'elle conduirait à un taux d'imposition de 100%, une fois pris en compte la CSG/CRDS et l'ISF.


Récemment, Maurice Levy déclarait qu'en l'espace de 20 ans, de grands progrès avaient été réalisés en matière de gouvernance. Les dirigeants "sont dans l'ensemble assez responsables, il y a eu beaucoup d'autocontrôle, les gens ont été beaucoup plus modérés", affirmait le grand patron devant des journalistes de l'AJEF. A l'époque, il défendait aussi dans Strategies que "lorsque les rémunérations sont directement liées à la performance, et même si elles sont très élevées, elles sont bien acceptées des actionnaires." Peut-être mais qu'en est-il de l'opinion publique ? N'est-ce pas justement le code de bonne conduite Afep-Medef qui dans son article 20 évoque une rémunération "mesurée, équilibrée et équitable" et qui doit "tenir compte, dans la mesure du possible, des réactions de l'opinion en générale"?

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Désirs d'Avenir 86 - Campagne F Hollande - dans Présidentielles 2012
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