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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 11:03

L'auteur de «Rien ne se passe comme prévu», récit de la dernière campagne présidentielle, a beaucoup observé les journalistes pendant son «Hollande tour». Son jugement est sévère.


CHESNOT/CHAMUSSY/NOSSANT/SIPA
CHESNOT/CHAMUSSY/NOSSANT/SIPA

Sur le terrain, les journalistes sont les premiers à s'en plaindre : «On est vraiment cons : dès qu'il y a un truc qui buzze un peu, on se jette dessus...» ; «Un journaliste se dit : "Ça va faire un sujet", un autre se dit la même chose, un troisième se dit : "Les autres vont penser que ça va faire un sujet", et ainsi de suite. On subit tous la pression de nos rédactions, on sait ce qu'ils veulent.»

Oui, on sait : vendre. De l'événement. Pour vendre de l'événement, il faut, semble-t-il, que les journalistes politiques abdiquent deux choses : la mémoire et la politique.

La mémoire : il y a quelques semaines, une journaliste d'une agence de presse m'appelle pour que je commente la spectaculaire chute de popularité de François Hollande, trois mois après son élection. D'après elle, c'est inédit.

 

Bizarre : Jacques Chirac, lors de son premier mandat, ne s'était-il pas mis à dos en moins d'un mois non seulement la France, mais la planète entière avec la reprise des essais nucléaires ?

 

Quant à Nicolas Sarkozy, qui donc a pu oublier qu'il avait mis à peine une semaine, avec le double épisode du Fouquet's et du yacht de Bolloré, pour mettre en place les principaux éléments symboliques de sa détestation ?

Les journalistes ne sont pas plus étourdis que les autres, mais, pour qu'un événement soit vendeur, il faut qu'il soit estampillé «sans précédent», «jamais vu», d'où cette espèce de course aux records, opportunément alimentée par les sondages.

 

Dans une perspective strictement journalistique (d'un certain type de journalisme que la concurrence féroce et la crise endémique de la presse en France ont sans doute rendu dominant), l'amnésie n'est donc pas un défaut, mais une condition nécessaire à la fabrique de l'événement. Un gouvernement fraîchement élu n'a plus connu d'état de grâce en France depuis au moins vingt-cinq ans ; en cela, celui d'Hollande ne fait aucunement exception, mais que faire si on nous prive de ces «oh !» et de ces «ah !» qui doivent nécessairement scander la vie médiatique ?

 

Du lyrisme, le poète Jean-Michel Maulpoix donnait cette définition, qui s'applique parfaitement à la presse : «Le développement d'une exclamation.»

 

Tout, malheureusement, n'est pas toujours historiquement stupéfiant. Le recours à l'amnésie est donc nécessaire pour justifier les superlatifs auxquels la presse se drogue.

 

http://www.marianne.net/Les-journalistes-esclaves-du-buzz_a223769.html

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commentaires

Harmonie 01/11/2012 11:36


Pourquoi la photo de Hollande et de Trierweiler ? Il y a les journalistes d'une presse dite "sérieuse" qui selon leur tendance, travestisse la vérité mais il y a aussi ceux "humoristes" dit-on
comme Le Canard qui s'acharne, cette semaine, sur Ségolène Royal. Ce n'est plus l'accompagnatrice de Hollande qu'on voit villipender dans ce numéro - sans doute cela aurait-il fait désordre -
mais trop c'est trop ! Ce sont des entrefilets styles brèves de comptoirs, ou un papier plus orienté mais j'ai envie de leur dire "fichez lui la paix" !


Elle ne demande rien à personne sauf du RESPECT.

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