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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 11:04

Les 75 % de Hollande : une tranche de bon sens

En 1967, le Général avait relevé le taux maximum à 80% !

Publié le 06 mars 2012 à 9:30 dans Politique


 

Affirmons-le d’emblée : contrairement à mon ami Gil Mihaely, je ne vois pas dans la volonté de créer une tranche marginale d’imposition à 75 % pour les revenus supérieurs à un million d’euros une stigmatisation des plus riches, encore moins une recherche de boucs émissaires.

 

Certes, je ne suis pas aveugle et je vois très bien que le candidat socialiste a certainement voulu faire un coup politique, d’autant qu’il exposait à Mediapart une thèse radicalement inverse en janvier 2011. A cet égard, cette campagne atteint les sommets du minable puisque les deux favoris désignés rivalisent de coups de com’, quitte à se contredire eux-mêmes à un an d’intervalle voire d’une semaine à l’autre comme Nicolas Sarkozy sur l’étiquetage des viandes selon le rite d’abattage1.


Mais oublions les deux candidats et causons de la proposition fiscale en elle-même. Il ne s’agit non pas, rappelons le, de taxer une certaine catégorie de contribuables à 75% mais d’imposer à ce taux les revenus supérieurs à un million d’euros. Tout contribuable ayant déjà rempli une feuille d’impôt l’aura compris. Afin d’entrer davantage dans les détails, on se reportera à un article du Monde fort bien documenté.

 

A mon sens, il n’est pas choquant que de tels revenus fassent l’objet de tels taux et, au risque de surprendre, c’est plus mon éducation dans une famille conservatrice que ma récente fréquentation de Jérôme Leroy qui en est à l’origine. Mais est-ce si surprenant ? En 1967, le gouvernement avait fait passer la tranche marginale de 70 à 80%. Affreux marxiste, le général de Gaulle ? On peut trouver la mesure inappropriée en 2012 à l’heure où les capitaux sont libres de leurs mouvements, mais pour la juger moralement choquante et crypto-communiste il faudra repasser.

 

En fait, ce n’est qu’à partir des années quatre-vingts, avec la conversion commune de la mitterrandie et de la droite française à la frénésie libérale nous venant de l’Amérique de Reagan et de l’Angleterre de la Dame de Fer, que la France est entrée dans un cycle nouveau. Auparavant, à part Alain Madelin ou Jean-Marie Le Pen, personne n’aurait qualifié de « confiscatoire » un tel taux marginal d’imposition.

 

Les travaux d’Emmanuel Todd sur les systèmes familiaux expliquent très bien les ressorts anthropologiques français et notamment notre attachement puissant à l’égalité. Cela se traduit naturellement par une volonté de ne pas voir exploser l’écart entre les plus riches et les plus pauvres. Voilà pourquoi en France, on trouve souvent indécent les salaires faramineux des joueurs de football alors que cela pose moins de problème en Allemagne ou en Angleterre. Il ne s’agit pas d’être envieux, jaloux ni de ne pas comprendre que de taxer les riches ne fera pas diminuer le nombre de pauvres : c’est une question de cohésion nationale. Si le deuxième million d’euros est taxé à 75 %, il en restera tout de même 250 000 soit dix fois ce que gagne un Français moyen, en plus du premier million taxé plus faiblement.

 

Le Président de la République lui-même a naguère fustigé certains revenus démentiels, notamment dans son fameux discours de Toulon en 2008, démontrant d’ailleurs qu’il a lui aussi parfaitement conscience des risques que fait peser sur la cohésion nationale l’explosion de l’échelle des revenus. Peut-être se souvenait-il d’un certain Henry Ford qui estimait que l’échelle des salaires ne devait pas excéder le rapport 1 à 40. Et Ford n’était ni français, ni communiste mais seulement un entrepreneur américain lucide.

 

Dans l’absolu, même si cette mesure doit évidemment faire l’objet d’une étude d’impact, ce que je concède bien volontiers à Gil, en rappelant que même le bouclier fiscal n’avait pas retenu Johnny Halliday, cette idée me paraît de « bon sens ». Le « bon sens » m’expliquait l’autre jour une bonne âme de gauche, c’est ce que dégaine toujours un mec de droite, un conservateur congénital ! C’est sûr, c’est bien mon surmoi de droite conservatrice que François Hollande a touché la semaine dernière !

 

Alors que la polémique lancée par Marine Le Pen était jugée absurde par le candidat-président à Rungis il y a quelques jours et que le ministre de l’agriculture Bruno Lemaire jugeait stigmatisant l’étiquetage des viandes selon le rite d’abattage, ce qui était d’ailleurs cohérent avec le refus du gouvernement d’inscrire à l’ordre du jour les propositions de loi de Françoise Hostalier (février 2012) ou de Nicolas Dhuicq (2011), Nicolas Sarkozy a fait volte-face à Bordeaux samedi.

 

Peut-être avait-il lu Causeur entre-temps.

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