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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 15:30
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Le Ségotour de Marseillephoto:Guillaume Binet/M.Y.O.P

Ségolène Royal est en route pour Marseille. Je suis bien sûre d’être en février 2012. Le candidat du PS s’appelle François Hollande. Et pourtant, c’est comme un flashback de la primaire. Comme la campagne de 2007 que les confrères du PS m’ont racontée, à Marseille, notamment, il y a cinq ans. La gestion du temps, une candidate qui vous file entre les doigts, les images de cohue, la meute des journalistes, les gens qui crient « Ségolène, Ségolène », le discours de la Présidente de Poitou-Charentes sur le travail des jeunes à l’école, le drapeau, la Marseillaise, la nation qu’il ne faut pas laisser à d’autres partis.

 

Quand je regarde Ségolène Royal dans le train, en train de parler à une vingtaine de rédacteurs, assise à côté de son fidèle soutien Guillaume Garot, en face de sa proche Dominique Bertinotti, je suis comme prise de ce vertige. Le temps a disparu. On pourrait être hier, avant-hier, il y a quelques mois, fin 2011. Elle pourrait être la candidate, elle pourrait faire sa campagne. Les journalistes l’écoutent en demi-cercle tandis que les clients essayent de se frayer un chemin jusqu’au bar. Certains la reconnaissent, amusés. D’autres, affamés, tracent leur route. Elle élude les questions qui la gênent, elle s’attarde sur celle qui lui plaisent.


Dans ce décor qui bouge, au gré des sursauts du TGV, elle jongle avec les époques, fait des aller-retours entre la campagne de 2007, la primaire, la bataille de 2012. Elle ne commente pas son avenir mais dit aux journalistes « c’est bien tenté mais c’est peine perdue. Vous connaissez la réponse». Comprendre : la présidence de l’Assemblée nationale, en cas de victoire de François Hollande. Car c’est bien pour soutenir sa campagne à la présidentielle, qu’elle est venue à Marseille, en choisissant les quartiers populaires de la ville, dans lesquels elle avait réalisé en 2007, dans certains d’entre eux, un score soviétique de 93%. Elle sera donc en terrain très ami ce mardi…

 

Fin de cette conversation dans la voiture-bar du train de 14h27. Il est à peu près 13h. C’est le dernier moment où je la vois assise en face de moi. Ensuite, Ségolène Royal va devenir un petit point brun qui bouge dans la meute. Qui échappe au programme. A l’organisation. Aux horaires.

 

A notre sortie du train, ça y est, la meute des caméras-photographes l’entoure. Je la devine plus que je ne la vois. A certains moments, au gré des flux de la vague, je la distingue plus nettement. Sur le parvis de la gare Saint-Charles, un car nous attend.

Vite, vite, il faut monter. Elle est en voiture. Mais on est si nombreux, que certains doivent rester debout. 14H45. Le Ségotour peut donc commencer. Loupé… Il se prend un panneau en tôle d’un mètre 90 sous laquelle il reste coincé et doit se dégager en reculant sous des grincements métalliques. Hhhhhhiiiiiiiiii. Stupéfaction des journalistes. Rires. Tweets. Photos. Le car se met à reculer sur 70 mètres pour essayer de sortir de la gare par un autre chemin.

 

Le temps passe, la candidate est déjà arrivée sur place… Autant dire qu’on a loupé la première visite. Heureusement, le car est chauffé…

 

Devant le désarroi des journalistes, et sa connaissance de la communication, Ségolène Royal recommence un point presse. Énervement entre les caméras pour le placement. Cohue. Bousculades. Énervement. Chacun veut être devant. Je me prends un bon coup de pied à l’ancienne, façon cour d’école, d’un cameraman qui pensait que je le bloquais et l’empêchais de filmer. Les habitants eux sont totalement indifférents à nos accrochages.

 

Tant mieux. Ils regardent Ségolène Royal les yeux grands ouverts. Boivent ses paroles. L’applaudissent quand elle insiste sur l’énergie qui existe dans les quartiers populaires, les talents, les compétences de la jeunesse. « Les quartiers, c’est une chance pour la France ! ». « Bravo Ségolène », lancent plusieurs jeunes black-blanc-beur, disposés derrière elle à sa demande. Ils l’applaudissent franchement. L’ex-candidate est réjouie. Flashback encore. Ca me rappelle le suivi de Ségolène Royal dans les quartiers populaires pendant la primaire. Mêmes intonations. Mêmes discours. Mêmes images. Elle, devant des tours d’immeubles, les habitants heureux d’avoir un politique qui vient les voir, le tout sous le regard de la presse.

 

Il fait plus doux qu’à Paris. Enfin je crois. Ni elle, ni moi n’avons vraiment le temps de s’en soucier. Je remonte dans le car. Elle dans sa voiture. Après une visite du collège Stéphane Mallarmé, et un passage dans un cours de 4ème physique-chimie, partiellement ouvert aux médias, la presse s’en va retrouver Ségolène Royal, au croisement du cours Belsunce et de la rue Colbert, dans le 1er arrondissement de Marseille. Là encore, on est en retard ! Elle est encore arrivée avant nous !

 

La voilà qui nous attend patiemment depuis dix minutes dans sa voiture, avec son fils Thomas Hollande – véritable coqueluche de ce déplacement, qui enchaîne les interviews. Patrick Menucci ouvre enfin la porte du véhicule : « C’est bon ! » En effet, c’est bon, elle peut sortir. Les reporters de la presse nationale sont arrivés.

 

Encore faut-il là voir. Plus d’une centaine de personnes forment un cercle autour d’elle. Je me demande comment elle arrive à voir ses pieds. Je me fraye un chemin. Une photographe lance : « Attention aux poteaux ». Une vieille dame, affolée, s’énerve : « Laissez-moi sortir de cette connerie ». Un photographe lui répond : « Fallait pas y entrer ». Patrick Menucci chuchote à Ségolène Royal : « Linda va te driver ». Je me prends des coups mais au moins j’entends ce qu’elle dit. C’est toujours un peu pareil.

 

Elle salue les gens, entre dans les magasins, s’inquiète de ceux qu’elle n’a pas salué là-bas… « Ils vont venir avec nous », rassurer Patrick Menucci s’en en savoir rien. Au fur et à mesure, je suis extraite de la vague. Je me laisse extraire aussi, pour prendre du champ. Du temps. Mais elle, file encore. Elle redevient un point dans une meute : « Mais si tu vois ses cheveux, là ! », lance une dame à son amie. La propriétaire d’un restaurant aurait aimé lui offrir un thé. Trop tard, Ségolène Royal a déjà disparu.

 

Dans la rue commerçante qu’elle remonte, les gens la prennent en photos, se mettent aux fenêtres, lui disent de « dégager Sarko », la complimentent. « On vous aime beaucoup ! », lance une jeune femme d’une trentaine d’années, bonnet en laine noir sur la tête. « C’est vrai ? », demande Ségolène Royal. « On est très contente que vous soyez là ». La venue de la politique provoque un bouchon dans la rue. Les gens klaxonnent. Certains ont du mal à comprendre ce qui se passe. « C’est impressionnant », glisse Thomas Hollande, qui revoit là quelques images de ferveur de 2007. « Ah je vous vois mieux-là », s’amuse Ségolène Royal sur une petite marche en regardant avec gourmandise ses supporters qui l’attendent à la sortie d’une boucherie-rôtisserie.

 

Elle savoure. Patrick Menucci, bon copain, lance : « On peut dire bravo à Ségolène Royal ». Les gens applaudissent. Le candidat du PS s’appelle François Hollande.

 

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