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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 17:53

 

Martin Hirsch en 2009, rue de Ségur, au haut-commissariat à la Jeunesse - © Razak

Martin Hirsch en 2009, rue de Ségur, au haut-commissariat à la Jeunesse - © Razak

 

 

Souvenez-vous, c’était il y a cinq ans. A peine élu et dans la foulée de sa campagne durant laquelle il citait ad nauseam Jaurès, Blum et Guy Môquet à longueur de discours, Nicolas Sarkozy « ouvrait » son gouvernement à des personnalités issues de la gauche : Fadela Amara, Jean-Marie Bockel, Bernard Kouchner, Eric Besson, Martin Hirsch, Frédéric Mitterrand et Jean-Pierre Jouyet. 


Cinq années plus tard, cette « ouverture » qui devait régénérer la démocratie française en montrant que des femmes et des hommes politiques venus d’horizon divers pouvaient travailler au bien commun au-delà des clivages partisans, se termine en jus de boudin.


Fadela Amara, ex-présidente de « Ni putes ni soumises », qui avait signé pour un « plan Marshall des banlieues », s’est heurtée au mur de l’indifférence du président, de son gouvernement et de sa majorité parlementaire à l’égard des quartiers en difficultés de notre pays, incapables qu’ils étaient de les considérer autrement que sous l’angle sécuritaire. Elle a disparu du gouvernement, dans l’indifférence générale, au cours d’un remaniement de l’année 2010, non sans avoir assuré son avenir en devenant inspectrice générale des affaires sociales. Elle n’aura pas tout perdu dans l’aventure.


Jean-Marie Bockel, ex député-maire socialiste de Mulhouse, a cédé lui aussi aux sirènes du sarkozysme triomphant. Malheureusement pour lui, il n’a jamais réussi à dépasser le stade de secrétaire d’Etat. D’abord à la Coopération et à la Francophonie, il a été pris d’une vieille lubie socialisante et a demandé publiquement la fin de la Françafrique. Le résultat ne se fit pas attendre : débarqué, il échoua aux Anciens combattants. L’humiliation n’étant pas suffisante, lui échurent au remaniement suivant les prisons. Pour finir le travail, Sarkozy et Fillon le sortirent du gouvernement en 2010. Lui non plus n’eut pas à s’inquiéter pour son avenir personnel puisqu’il retrouva immédiatement son siège de sénateur. Pas rancunier, il a renouvelé son soutien à Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2012. Celui-ci en est fort aise… Les observateurs attentifs pensent que l’impact électoral de ce soutien ne devrait pas dépasser les scores qu’il faisait naguère dans les congrès du parti socialiste, c’est-à-dire à peine plus que zéro.


Le cas Kouchner fut une réussite équivalente. Notoriété oblige, l’ancien French doctor reçut dans la corbeille de la transgression partisane un très beau ministère, celui des affaires étrangères. Las ! Il n’en eut que le titre. Nicolas Sarkozy n’était pas du style à lui laisser le terrain de jeu international libre, et Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée non plus. Après trois années d’humiliation permanente et de nombreuses couleuvres avalées, le remaniement de 2010 lui fut également fatal. Bernard Kouchner n’étant pas homme à sauter dans le vide sans filet de sécurité, il a su mettre à profit les relations ainsi créées pour fonder une société de consulting pour les grandes entreprises et les gouvernements étrangers, activité qu’il avait déjà expérimenté par le passé en réalisant un rapport sur le merveilleux travail réalisé par le groupe Total dans la Birmanie d’avant l’ouverture. Probablement trop accaparé par ses affaires, le docteur Kouchner n’a pour le moment pas pris le temps de faire part de son soutien à la candidature du président sortant.


Eric Besson restera dans l’histoire comme celui qui, dans la première partie du 21ème siècle, incarne le mieux la figure du traitre en politique. Peut-être lassé de ce rôle, il songe désormais à une carrière de président de club de football et a carrément déserté le terrain de la présidentielle.


Nous faisons crédit à Martin Hirsch d’une sincérité et d’un désintéressement plus grand que ses compagnons d’ouverture, lors de son entrée dans le gouvernement Fillon – comme Haut commissaire aux solidarités actives – qu’il est le seul parmi eux à avoir quitté de son plein gré lorsque la coexistence avec des ministres amalgamant sans cesse la solidarité et l’assistanat tout en pratiquant allègrement le conflit d’intérêt, lui est devenue insupportable. S’il nous avait demandé, on l’aurait prévenu…  

 

Il n’empêche qu’il a pu, à force d’opiniâtreté, créer le service civique et le Revenu de Solidarité Active même si celui-ci a été vidé de sa substance par une droite revancharde.  Sans cracher dans la soupe, Martin Hirsch vient d’annoncer qu’il voterait pour François Hollande le 22 avril prochain.


Nous pourrions ajouter à cette liste Frédéric Mitterrand mais qui n’a de socialiste que le nom, et Jean-Pierre Jouyet dont l’expérience ministérielle de secrétaire d’Etat aux affaires européennes s’est limitée à la préparation de la présidence française de l’Union européenne en 2008 et qui a quitté le gouvernement dès qu’il l’a pu pour prendre la présidence de l’Autorité des Marchés Financiers. Ami de longue date de François Hollande, en quarantaine durant cette période, il en est redevenu très proche et figure aujourd’hui parmi ses conseillers discrets.


Comme sur le reste, le bilan de Nicolas Sarkozy dans ce domaine est déplorable. Ce n’est pas du côté de ses « ministres d’ouverture » qu’il pourra trouver un appui solide pour assurer sa réélection. Le piège de l’ouverture qu’il avait tendu à la gauche, se referme sur lui.

 

Par Beaumarchais

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