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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 08:43
L’inertie paradigmatique
capable de voir
lundi 9 janvier 2012

Quand j’étais petit je voulais plus que tout au monde vivre à l’air libre, sortir de cette prison lugubre qu’était l’école, et qui m’avait fait abandonné tout désir de bien faire les choses. Je ne m’étais pas demandé, car je ne l’avais jamais vu ailleurs, si il n’y avait pas moyen de faire de ce lycée un lieu de vie, un lieu où on s’entend et où on s’écoute, où on se rencontre et où on bâtit des projets. Au lieu de cela, les classes ne se parlaient pas entre elles, le monde se limitait aux trente élèves, qui étaient comme les trente personnages des Simpsons, une représentation classique de la société humaine, qui d’ailleurs est elle-même une représentation classique des nombreux états d’esprit dans lesquels on peut se trouver.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’arrivais en classe « les mains dans les poches » est-il stipulé dans mon livret scolaire, « sans sac, sans cahier, sans livre ni stylo ». J’empruntais une feuille et un stylo et je faisais des dessins, et ensuite je la jetais devant le prof en sortant. La plupart du temps je dormais, la tête posée sur les bras croisés, au fond de la classe, meurtir d’avoir dû écourter ma nuit de sommeil réparateur.

 

Il y avait celles qu’on appelait les pisseuses du premier rang, ou les « Claire Chazal » qui retenaient ces séquences de mots et étaient félicitées pour ça, qui levaient le bras et la main et le doigt et soutenaient le bras avec l’autre main, et qui devaient faire des efforts surhumains pour avoir la moyenne, alors que nous les révoltés du dernier rang, on obtenait des notes équivalentes ou supérieures sans jamais rien écouter, sans faire aucun devoir à la maison, simplement en recrachant des choses vaguement entendues, tout en ne se demandant même pas ce qu’elles voulaient dire.

 

Déjà on pouvait voir la différence entre deux catégories, ceux qui étaient soumis et ceux qui ne l’étaient pas.

Il valait mieux souffrir pour avoir 10/20 qu’avoir 10/20 en utilisant 1 % de ses capacités. Ce qui compte, ce qu’ils aiment, et ce que la société veut, c’est que les gens souffrent, qu’ils n’en puissent plus, qu’ils se donnent du mal, même si c’est pour patauger dans la boue, pourvu qu’ils souffrent... et pourvu que leur impression d’être de bons élèves soit confiée à une autorité extérieure à eux-mêmes.

 

C’est comme ces émissions américaines où le candidat donne la bonne réponse, tout le monde sait que c’est la bonne réponse puisque que les trois autres propositions sont délirantes, et pourtant eux, ainsi que les applaudisseurs, attendent pieusement que l’animateur le leur dise textuellement « c’est une... (attente, suspense) bonne réponse ! » et là les gens sont soulagés, ils sont contents, alors qu’ils le savaient, mais ils n’avaient pas le droit de laisser leur conscience y accéder.

 

Il existe un phénomène que je n’ai jamais vu développé en psycho-philosophie (mot fraîchement inventé) qui est l’inertie paradigmatique (lui aussi). Dans la vaste question qui consiste à vouloir changer le monde, je veux dire « en mieux », enfin je veux dire « en mieux pour les gens », il s’avère que si la notion systémique est mise en œuvre avant que la dimension psychologique n’y soit résolue, cela sera vécu comme une pression externe, une dictature, et cela créera des tensions, des frictions, puis des freins voire même cela pourra trouver le moyen de faire capoter le plus honorable et moral des projets, ce que l’histoire fait voir.

 

J’ai longuement exposé ce qui devrait être fait, normalement, si on désirait cordialement obtenir la fin de la famine, des guerres, des maladies, de la pollution, d’une façon aussi immédiate qu’efficace. Il n’y a rien à tergiverser là-dessus, les solutions que j’ai proposées sont les bonnes, et le monde dans lequel on pourrait déjà être en train de vivre, a été visité de façon touristique et ébahie.

 

Mais il y a un tampon qui, dans le subconscient, empêche l’accès au conscient de la détermination nécessaire à, seulement, changer les règles du jeu, ce qui se situe dans le monde psychologique et ne nécessite aucun effort dans le monde physique.

 

En un tour de l’esprit, tous les maux du monde pourraient être réglés, pratiquement sans rien avoir à faire.

 

Vivre dans l’angoisse et la frustration, à insister de vouloir faire tourner une bécane qui ne veut pas démarrer, n’est pas souhaitable pour définir une vie. On pourra dire de ces héros qu’ils l’ont consacrée à la justice mais on pourra aussi dire d’eux qu’il leur fallait une sacrée dose de folie. D’habitude les humains choisissent la posture mentale la plus élégante et la plus pacifique possible au sein du monde dans lequel ils sont immergés.

 

Dans une firme multinationale, les patrons ordonnent de déverser les trucs toxiques dans les rivières, mais je pense au fond qu’ils le font à contre-cœur, pas de façon criminelle. Ils le font parce que c’est la chose à faire la plus rationnelle dans le cadre des règles du jeu auxquelles ils sont sommés de se soumettre.

 

(Si la justice était indépendante des circonstances et ne se fiait qu’aux faits, l’acte involontaire, l’acte fait par obligation et l’acte fait avec le désir de faire souffrir seraient placés au même rang de gravité. Ça ne serait peut-être pas plus mal, dans le genre « éducatif ».) Il en va de même pour les financiers que Jean Ziegler accuse avec justesse de « crimes contre l’humanité », cependant, il ne faut pas écarter le principe de l’entéléchie dans laquelle ils sont immergés : ils agissent le plus rationnellement possible, dans le cadre du capitalisme, qui consiste à n’autoriser l’existant que si ça rapporte de l’argent.

 

C’est de se demander ce qui autorise l’existant qui résoudrait tous les problèmes en moins de deux (secondes, ans, selon l’échelle) Mais ce qui compte le plus désormais est le chemin qui permet d’accéder à cette idée. Il ne suffira pas de la répéter en étant excité par tous les maux qui cognent à la porte de conscient pour se voir résolus par ce nouveau paradigme, il faudra être capables d’en avoir d’autres du même genre.

 

De toute façon l’humanité y viendra, et vous autres aurez vécu dans la misère pour rien ; donc autant s’intéresser aux chemins.

 

Quand on voit comment Georges Orwell a prophétisé le monde d’aujourd’hui, où le sens des mots est torturé à l’extrême au point de leur faire dire le contraire de la raison pour laquelle ils sont nés, ce qui a pour conséquence de travestir tout le langage, et de freiner encore plus la communication des idées nouvelles, on observe aussi qu’il n’a pas accusé, ou mis en relation, le capitalisme et la folie.

 

Pour lui la folie était venue progressivement et on s’y était enfermés, mais sans vraiment scruter les causes, c’est juste que ce thème l’a chatouillé assez pour qu’il ne l’oublie pas et finisse par écrire dessus. Et puis une vision globale est suffisante, un monde sans amour n’est pas un monde.

 

Les gens qui déversent les polluants dans les rivières sont peut-être sans amour, et peut-être que c’est tout ce qui leur manque pour permettre au système actuel de continuer de fonctionner, et surtout de progresser. Changer le système pour changer les gens est de l’ordre de la rééducation. Si cela est fait ça veut dire que les gens admettent qu’ils ont un problème et qu’ils désirent le corriger. Ensuite seulement les réflexes stupides disparaissent et ensuite seulement le système non injuste serait perçu pour ce qu’il est. Mais ainsi aussi, peut-être qu’après les gens ne cesseraient de s’appliquer les uns aux autres ces formes de répression systémiques, au point que la société finirait encore par se dissoudre.

 

L’inertie paradigmatique est observable dans énormément de domaines. En fait (ceci aurait dû être dit en conclusion mais bon) quel que soit le paradigme ou la « chose » qu’on vient de remarquer, on peut toujours l’appliquer à tout et voir le monde à travers son prisme. Ainsi il a des gens qui adoptent des prismes bien précis et essaient de faire voir aux autres le monde tel qu’il leur apparaît. Ils espèrent qu’en faisant voir ce qu’ils voient, ils arriveront à faire voir le prisme par lequel ils regardent le monde. Ceci mesdames est messieurs et le fondement de la communication, et sa portée est universelle, car tout dans l’univers n’est que mise en relation, que « information ». Et à chaque fois, peu sont ceux qui admettent le prisme qui essait d’être décrit à travers ce qu’il fait voir, comme étant une réalité absolue, à moins que ça entre tellement en résonance avec sa psychologie qu’il n’en démordra plus jamais ensuite, et se fâchera à chaque fois qu’on essaiera de relativiser ses points de vue. (Mais bon)

 

Il est assez difficile pour l’esprit démuni de souplesse et de fluidité d’adapter les paradigmes qu’il utilise à la situation qu’il rencontre ou au thème qu’il choisi de regarder. (les fans de poker comme moi savent de quoi je parle !) Souvent, un peu comme quand les gens associent « burqa » et « violence », et « non burqa = non violence », (en raison de leur logique dialectique, qui repose sur les mots et non les concepts) il font les mêmes associations d’idées entre des thèmes et des paradigmes, tel thème relève de telle façon de voir, tel autre de telle autre façon de voir. Et là encore si on leur parle de logique, de ce qui se passe quand on met en relation 1+1 d’un côté et 1+1 de l’autre, ils répondent «  mais ça n’a rien à voir ! ». Cette réponse est le signe de ce qu’ils ignorent. La plupart des actes humains sont le signe de ce qu’ils ignorent et au fond, ce qu’ils désirent apprendre (c’est à dire ce qui n’accède pas au conscient). Si on veut prophétiser comme G. Orwell l’a fait on peut aisément dire que dans le futur, des choses que nous ignorons aujourd’hui seront connues de tous demain, et aucun acte ne se fera sans que cela ne soit logique avec ces nouvelles connaissances.

 

On peut même entrevoir le petit filet de gens qui savent déjà aujourd’hui ce que tout le monde saura demain, et observer comment ils sont ostracisés, en raison de ce que le monde n’est pas prêt.

 

L’inertie paradigmatique est observable partout, disais-je, avant de devoir introduire les notions qui permettent de le voir. Celui qui décide de déverser les toxiques dans la rivière, se fait force de le faire car c’est son devoir, mais une fois rentré chez lui il ne l’oublie pas. Son désir étant de vivre avec le moins de stress possible, il adopte le comportement en vue duquel ce qu’il a fait lui paraîtra le moins douloureux. Et pour se faire, le paradigme qu’il a dû adopter une fois, il doit désormais l’adopter toujours. Et il continuera jusqu’à avoir fait le tour du monde avec son nouveau prisme, selon l’habitude des terriens, aucun millimètre du monde ne pourra échapper à son prisme avant qu’il n’ai l’idée d’en essayer un autre. On a vu ce responsable de marée noire refuser d’admettre qu’il est responsable de la pollution provoquée à des milliers de kilomètres de là, en raison du fait qu’il a utilisé des « dispersants » chimiques. Pour lui le « dispersant » est un « éradiquant », il permet de nettoyer le crime. Il ne s’imagine pas que le dispersant disperse, cela lui semble incongru, ou alors on lui a raconté des bobards, mais ça aussi c’est incongru.

 

On a vu cet article sur la psychologie des guerriers israéliens, qui agressent et torturent des enfants, laissent des familles mourir avant de laisser passer l’ambulance, bombardent des maisons habitées, détruisent des maisons au bulldozer laissant à peine le temps aux familles de sortir en pyjama, se sentent agressés et insultés au plus profond d’eux mêmes par un jet de pierre auquel ils répondent par des bombardements de F-16, et surtout, comment ils se sentent à l’aise et heureux au sein d’une communauté de frères avec qui ils partagent leur vie, leur tendresse, et leur humanité. Ils éduquent leurs jeunes pour qu’ils acquièrent les bases qui leur permettront ensuite de vivre heureux et en paix dans leur société criminogène.

 

Suite :

http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article18766

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Monique Ayrault - dans blogs
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