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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 08:09

                            L'Hermione

Le 6 juillet prochain, le anvire quittera sa forme d'origine et sera officiellement à flot. Crédits photo: FRANCIS LATREILLE/Le Figaro Magazine
Le 6 juillet prochain, le anvire quittera sa forme d'origine et sera officiellement à flot. Crédits photo: FRANCIS LATREILLE/Le Figaro Magazine

  En 1997, l'association Hermione-La Fayette a lancé la reconstitution d'une frégate du XVIIIe siècle. Un incroyable chantier qui dure depuis plus de quinze ans. En 2015, le navire quittera l'arsenal de Rochefort pour rejoindre Boston où La Fayette avait débarqué en 1780.

 

Dans l'air chargé de pluie, flotte l'entêtant parfum du goudron de Norvège et du charbon de bois chauffé à blanc. Malgré le temps maussade de ce matin, comme tous les autres jours ou presque, les visiteurs font la queue aux portes de l'arsenal pour visiter le chantier de L'Hermione, un navire de guerre du XVIIIe siècle, reconstruit à l'identique dans une forme de radoub depuis 1997.

Un pari fou, lancé par une poignée d'amoureux du patrimoine maritime, regroupés principalement autour de la ville de Rochefort, d'Erik Orsenna puis de Benedict Donnelly, président de l'association Hermione-La Fayette, et un incroyable chantier qui a mobilisé des centaines de compagnons et d'artisans.


 

Le début du chantier il y a 15 ans. Crédits photo: FRANCIS LATREILLE/Le Figaro Magazine
Le début du chantier il y a 15 ans. 

Sous la haute tente qui abrite l'atelier de voilerie et la forge, le silence se fait. On n'entend plus que le tintement du marteau et les cris du fer battu. Sous les yeux des curieux, Aurélien Velot, l'un des forgerons, termine la mise en forme de certaines pièces maîtresses du gréement. A quelques pas de là, Anne Renault, voilière de tradition, travaille sur le grand hunier, une voile de 219 mètres carrés essentielle à la navigation de L'Hermione. Plus loin, sous un hangar bâché, sous le regard de Jacques Haie, qui dirige la construction depuis le début, les charpentiers s'activent sur le mât de misaine et peaufinent les aménagements. Encore quelques pas vers l'atelier de matelotage, puis, à quelques mètres de la Charente, soudain, le chantier prend tout son sens.

L'Hermione est là, immense malgré ses mâts encore absents. Dégagée de l'ensemble de ses échafaudages et parée de ses couleurs d'origine, la frégate n'attend plus que le 6 juillet prochain pour être officiellement mise à l'eau. «C'est une étape déterminante. Enfin en flottaison, puis installé dans la forme Napoléon III de l'arsenal, le navire pourra recevoir sa mâture, son gréement et l'intégralité de son aménagement intérieur en attendant sa première navigation sur la Charente jusqu'à l'île d'Aix en 2013, puis son grand voyage à travers l'Atlantique, en 2015, jusqu'à Boston, sur les traces du marquis de La Fayette, qui a fait de L'Hermione un symbole de liberté dans l'Europe du XVIIIe siècle» assure Benedict Donnelly.

232 ans après le marquis de La Fayette


Lorsque Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, monte à bord de L'Hermione, le 10 mars 1780, il a 23 ans. La France est en guerre avec l'Angleterre depuis 1778 et une partie de la cour de Louis XVI est fascinée par le combat des insurgés américains. La frégate a été achevée à Rochefort une année auparavant et elle est commandée par le lieutenant de vaisseau La Touche. Le navire vient d'affronter le golfe de Gascogne et a parfaitement rempli son rôle d'éclaireur d'escadre et de chasseur de corsaires anglais. Sa coque vient d'être doublée de cuivre par les ouvriers de l'arsenal et elle a terminé d'embarquer eau et vivres pour une longue campagne.


Dans le plus grand secret et après un faux départ, L'Hermione appareille le 20 mars pour Boston, qu'elle atteint le 28 avril, après une navigation difficile devant des vents contraires. A son bord, La Fayette a réussi à convaincre Louis XVI d'apporter une aide militaire et financière aux troupes du général George Washington, l'un des artisans de la rébellion contre la couronne britannique. Le jeune marquis doit le prévenir de l'arrivée imminente des renforts français de 6 000 hommes commandés par le comte de Rochambeau. Une fois sa mission accomplie, L'Hermione participe aux combats contre les Anglais et harcèle les bâtiments qui tentent de ravitailler l'armée, jusqu'au combat décisif de Yorktown, le 17 octobre 1781. Puis regagne Rochefort, croise vers les Indes et traverse une longue période de routine. Le 20 septembre 1793, en route vers Brest, L'Hermione accompagne un convoi de vivres et d'artillerie. Mais, devant Le Croisic, son capitaine ne parvient pas à éviter un haut-fond et le navire heurte des récifs sur le plateau du Four. Déchirée, L'Hermione est perdue.


 

Sur le pont de batterie, presque terminé, tout est en place pour accueillir les canons de 12 livres qui armeront <i>L'Hermione. </i>Crédits photo: FRANCIS LATREILLE/Le Figaro Magazine<i></i>
Sur le pont de batterie, presque terminé, tout est en place pour accueillir les canons de 12 livres qui armeront L'Hermione. 

A l'époque, la construction d'un tel navire prenait en moyenne six mois. «Aujourd'hui, il nous faut plus de quinze ans, lance en souriant François Asselin, dont l'entreprise, spécialisée dans la restauration des monuments historiques, assure la majeure partie de la construction des oeuvres en bois de la reconstitution de L'Hermione. Mais en ce temps-là, les charpentiers avaient déjà construit de nombreux bâtiments du même type et l'arsenal disposait d'une main-d'oeuvre pléthorique.» En cette fin du XVIIIe siècle, plus de 350 ouvriers pouvaient être mobilisés à la construction d'un seul navire.

Une frégate motorisée pour pouvoir naviguer en toute sécurité

Tous les bois de charpente nécessaires étaient déjà stockés dans les magasins généraux, tandis que les pièces métalliques pouvaient être faites en série par les forgerons. La Corderie royale, emblématique de Rochefort, la voilerie, les ateliers de la mâture, les gréeurs, les fondeurs et les menuisiers fournissaient à la demande le moindre service et le plus petit élément de construction. «Au XXIe siècle, pour rebâtir L'Hermione,il nous a fallu tout réinventer, et trouver les pièces de bois nécessaires. Une vraie gageure et une aventure extraordinaire» explique François Asselin.


Sous la direction du comité historique de l'association Hermione-La Fayette et du comité technique, nous avons commencé par refaire les plans de la frégate avant de commencer le chantier à proprement parler.» De fait, si les archives de la Marine, à Rochefort, conservent un plan partiel de L'Hermione et le service historique de la Marine, à Vincennes, les cotes des couples de la frégate, aucun plan complet du navire n'a pu être retrouvé.


Toutefois, le Centre de recherche pour l'architecture et l'industrie nautique (Crain), chargé de retracer les formes, a pu s'appuyer sur des documents d'époque, comme l'Encyclopédie méthodique marine de Clairbois et les plans de La Concorde, un sister-ship de L'Hermione capturé par les Anglais en 1783, pour redonner vie au navire. «Mais nous avons été contraints de prendre quelques libertés avec l'histoire, pour que L'Hermione puisse naviguer en respectant les normes de sécurité de notre époque, précise Benedict Donnelly. Ainsi, le navire a notamment été motorisé, pour lui permettre d'être autonome, et il disposera des outils modernes de navigation.»

 

<i>L'Hermione</i>, aujourd'hui presque achevée. Crédits photo: FRANCIS LATREILLE/Le Figaro Magazine.
L'Hermione, aujourd'hui presque achevée. 

Une frégate du type de L'Hermione est un gigantesque puzzle de plus de 400 000 pièces. L'une des principales difficultés rencontrées par l'association a été l'approvisionnement en bois, et notamment en arbres courbes pour réaliser de nombreux éléments vitaux du navire. Comme L'Hermione historique, sa copie a été construite en chêne pour l'essentiel. Mais, là encore, modernité oblige, les constructeurs ont opté pour un assemblage avec des boulons à la place de certaines chevilles. «Il ne faut pas oublier que cette frégate est un ensemble vivant fait pour naviguer et non pour rester à quai. C'est pourquoi notre travail a été aussi difficile et complexe» explique Jacques Haie.


«Construire L'Hermione a été l'une des plus belles expériences de toute ma vie. Tant pour la partie technique que dans sa dimension humaine. Je n'oublierai jamais la chance d'avoir pu rencontrer autant de corps de métiers et autant de personnalités fascinantes.» Dans quelques semaines, la frégate va franchir une nouvelle étape en quittant la forme qui l'a vue naître. Bientôt, les gréeurs vont donner forme à l'ensemble de sa mâture et à sa voilure. L'association, qui a déjà choisi le bosco, se prépare maintenant à recruter son équipage, avec, au coeur, une seule idée: réussir le voyage vers l'Amérique en 2015.


 

Crédits photo: FRANCIS LATREILLE/Le Figaro Magazine.
 

Un puzzle géant de 400 000 pièces:

5 m de haut. 2 000 chênes sélectionnés dans les forêts françaises ont été utilisés. 35 t de fer.1 000 poulies. 30 000 clous. 24 km de cordage. 2 200 m2 de voiles. 3,5 t de brai (goudron pour calfater). 63 t de canons. 26 canons de 12 livres. 8 canons de 6 livres. 70 équipiers. 3,5 millions de personnes ont visité le chantier depuis 1997.

Longueur : 44,20 m. Largeur : 11,55 m. Tirant d'air: 47 m. Le grand mât : 54 m.L'ancre: 1,5 t pour 4,2

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