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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 22:31

« Sauf annulation massive de la dette, la dynamique enclenchée continuera désormais jusqu’au défaut. C’est l’unique problème. La profonde absurdité. L’assourdissant échec. C’est justement ce point dur qu’aucun sommet européen n’a voulu sérieusement aborder . »

 

L’économiste Karine Berger dénonce une Europe qui a « capitulé » devant les banques et stigmatise des dirigeants européens chez qui « l’incompétence le dispute à la veulerie ».

Par Karine Berger, blog Alternatives Economiques, 12 février 2012 - extraits

 

« Tu aimerais, dis, une petite fille à trois dollars, disais-je à Jack. - Shut up, Malaparte. - Ce n’est pas cher après tout, une petite fille pour trois dollars. Un kilo de viande d’agneau coûte bien plus cher. » Curzio Malaparte décrit en 1945 l’incommensurable honte d’être vainqueur et la dérive d’une Italie prête à se vendre, sans grande résistance, à ses nouveaux maîtres.

 

Ce soir, c’est la Grèce qui subit cette humiliation infinie. Et c’est l’Europe toute entière qui peut faire sienne ce précepte de « La Peau » : « Quand on est lâche, il faut être lâche jusqu’au bout ».

...

Au total, il faut comprendre que l’argent versé n’a pas (encore) remboursé des emprunts existants de la Grèce. Il a au mieux permis à l’Etat grec de faire face à ses échéances et à trouver un peu d’argent frais. Cet argent n’est là que pour permettre de reconduire des lignes de crédit qui arriveraient à expiration. Eventuellement. Et sous condition que la Grèce renonce peu ou prou à son autonomie politique.


Seuls les résultats comptent dans la gestion d’une crise. Or les résultats ne sont justement pas là.

 

La dette grecque est passée de 263 milliards en 2008 à 355 milliards en 2011. Le Pib grec est lui passé de 233 milliards à 218 milliards. Le chômage de 8% à 18%.Et avec un taux d’intérêt officiel à 32%, il va de soi que la Grèce ne peut plus se financer du tout sur les marchés. Et pour longtemps.

 

Car le poids de la dette sur la création de richesse n’a jamais cessé d’augmenter. Jamais.

 

Et sauf annulation massive de la dette, la dynamique enclenchée continuera désormais jusqu’au défaut. C’est l’unique problème.

 

La profonde absurdité. L’assourdissant échec. C’est justement ce point dur qu’aucun sommet européen n’a voulu sérieusement aborder. A tel point qu’avant même le vote des députés grecs, les responsables européens, le ministre allemand Schauble en tête, ont annoncé que le ratio de la dette ne pourra jamais redescendre comme ce qui est prévu dans l’accord (120% de PIB en 2020).

...

pourquoi les responsables européens réduisent un des leurs à l’humiliation si ce n’est pour au moins aboutir quelque part ?

 

Disons-le : l’incompétence le dispute à la veulerie. Un peu d’incompétence est probable : beaucoup trop de gens, y compris au plus haut sommet de l’Etat français, n’ont jamais compris et admis la logique de la dynamique de dette. C’est vrai que pour être totalement convaincu, il faut savoir faire un petit développement limité, niveau math sup. Ce serait au fond pardonnable, si ce n’était pas plus grave :

soyons franc, aucun des dirigeants européens actuels n’a vraiment eu envie d’imaginer la zone euro dans 20 ans ou même 10 ans. Voilà la dimension « veulerie » de toute l’histoire. Beaucoup trop long par rapport à leur propre horizon politique.

La conséquence est là : il n’y a plus grand-chose qui pourra stopper le défaut unilatéral grec. Soit en mars, soit à un autre moment. Donc la faillite du pays. Entendez-moi : pas la faillite de l’Etat, la faillite d’un pays, celle de toutes ses banques, la ruine de tous ceux qui ont encore quelques sous sur leur compte, la banqueroute de ses entreprises etc... la probabilité pour que la démocratie survive dans un pays subissant un tel choc est historiquement inférieure à une sur deux.

 

En fait ce n’est plus le sujet principal. Le sujet c’est la capitulation de l’Europe. La honte et l’hypocrisie auront sans doute déjà emporté l’Union européenne quand la Grèce sortira de son chaos politique.

 

Les jeux sont faits : le jour où les deux principaux dirigeants européens ont accepté d’attendre jusqu’à 4 heures du matin, dans la pièce à côté, que 3 banquiers veuillent bien se mettre d’accord sur un abandon de dette, l’Europe a capitulé.

 

Elle a accepté de vendre une petite fille pour 3 dollars. Notre incapacité à faire preuve d’un minimum de pragmatisme et de solidarité dans la crise de la Grèce témoigne de notre peu de désir de continuer l’aventure ensemble.

 

Et prouve que nous finirons tous par nous abandonner, les uns après les autres. Comme l’a si bien écrit le Caméléon : « Che cosa sperate di trovare a Londra, a Parigi, a Vienna ? Vi troverete Napoli. È il destino dell’Europa di diventare Napoli.” Il vous suffit de remplacer ce soir Napoli par Athènes.

 

Karine Berger, X-Insee, est une économiste enseignante associée à l’ENA et à l’ENSAE

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