Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 16:33

La taxation de 75% prévue par François Hollande provoque la colère des sarkozystes. On croyait pourtant que le président était le candidat anti-élites...

 
 Share2
 

Nicolas Sarkozy à bord du Paloma, le yacht de Vincent Bolloré, au lendemain de son élection en 2007 (Sipa//Lino Azzopardi)

Nicolas Sarkozy à bord du Paloma, le yacht de Vincent Bolloré, au lendemain de son élection en 2007 (Sipa//Lino Azzopardi)

On peut discuter à l'infini de la pertinence de la mesure que François Hollande a sortie de son chapeau hier soir sur TF1. Confiscatoire pour les uns, juste pour les autres. Mais elle devrait avoir un effet direct sur l'atmosphère de la campagne.

 

Par l'effet d'un calcul un peu cynique, Nicolas Sarkozy s'était présenté au lancement de sa campagne comme le "candidat du peuple". Qu'il le veuille ou non, la mesure hollandaise l'obligera à modifier sa posture. Comme un seul homme, les sarkozystes sont en effet montés en ligne pour fustiger la fureur fiscale du candidat socialiste. Logique : la droite française depuis toujours met en garde contre la fuite des fortunes qu'un excès d'impôt pourrait déclencher. L'argument pèse de son poids. Il est indiscutable qu'un tel taux de prélèvement incitera les Français les mieux payés à chercher ailleurs un havre plus accueillant pour leur argent.

 

Mais, justifiée ou non, cette argumentation consiste, in fine, à prendre la défense des élites les plus prospères contre les entreprises niveleuses de la gauche. Comment, dans le même temps, la droite pourra-t-elle se distinguer des mêmes élites et prendre le parti des plus pauvres ? D'autant qu'au même moment, à quelques jours près, la majorité actuelle fait voter un texte sur la "TVA anti-délocalisation" qui consiste à prélever cette fois de l'argent à l'ensemble des Français, à commencer par les plus défavorisés, pour qui cette augmentation des prix à la consommation sera par définition plus douloureuse.

 

Ainsi le contrepied tenté par Nicolas Sarkozy – doubler Hollande dans la course au peuple qui est le ressort de cette campagne – risque-t-il de tourner court. Ce président-candidat qui en appelle aux couches populaires commence par se faire l'avocat des plus riches : la contradiction est éclatante.

 

Et François Hollande, qu'on accuse d'exprimer les intérêts d'une certaine élite, inflige à ladite élite un coup de bambou fiscal. C'est… le monde à l'endroit.

 

L'annonce faite à TF1 a ainsi un grand mérite : rappeler qu'il existe dans ce pays, quoi qu'on en dise, une droite et une gauche dont les politiques fiscales sont antinomiques. On ne sait à l'avantage de qui cet affrontement tournera. Il permettra en tout cas de dissiper les rhétoriques hasardeuses en vigueur à droite et de rétablir une forme utile de simplicité politique dans le choix présidentiel. Droite ou gauche ? Telle reste la vraie question.

Laurent Joffrin

Par Laurent Joffrin
Directeur du Nouvel Observateur

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Pages