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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 11:48

  Longtemps élue du Marais et soutien de Royal, la ministre déléguée à la Famille défend sans faiblir le mariage gay et la PMA.

Par LUC LE VAILLANT

Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la famille.Photo frédéric Stucin pour Libération

 

Souvent, elle prend un temps avant de répondre, et vous vous demandez ce qui peut déclencher cette mise à distance apaisée et articulée comme si elle faisait retraite dans un abri de jardin avant de revenir avec ses pensées rassemblées en bouquet. Ou bien, Dominique Bertinotti oublie l’interpellation dernière pour baratter en roue à aube la question précédente, suivant les méandres de ses réflexions, fleuve coulant clair et calme entre des rives stabilisées, que n’inonderont jamais des fureurs débordantes ou des tourbillons d’affectivité.


Il y a dans sa façon d’être un goût de l’exactitude et un besoin de complétude très universitaires, ce qui tombe bien pour une maître de conférences à Paris-VII. Il y a dans sa propension à l’introspection, dans sa congélation des passions et dans cette douce ironie qui parfois affleure au coin des lèvres une parenté plus affirmée avec Mitterrand dont elle fut l’archiviste des dernières volontés qu’avec Royal qu’elle servit sans faiblir. Et s’il fallait lui trouver un grand frère en attitude, en altitude, ce serait plutôt Fabius que cette européenne de conviction suivit jusqu’à ce qu’il vote non au référendum de 2005 plutôt que, disons, un arnaqueur fanfaron et vendeur de vent à la Tapie. Personne n’a jamais vu la ministre PS déléguée à la Famille taper dans le dos d’un électeur, ni monter sur les tables. Et quand elle joue les twittos, c’est avec la même componction éclairée.


L’étude de caractère est vite bouclée. Christophe Girard, qui lui a succédé à la mairie du IVe arrondissement de Paris, salue son action et la présente ainsi : «C’est une timide. Elle est réservée, retenue, contrôlée, ce qui ne doit pas être interprété comme de la froideur.» Et d’ajouter : «C’est une travailleuse qui ne cède pas à l’urgence, qui va au bout.» Un proche laboure le même sillon : «Elle est prudente. Elle baisse rarement la garde, alors qu’en privé, elle peut être chaleureuse. Cela vient-il d’un manque de confiance en elle ? D’une sorte de naïveté meurtrie par les premiers revers politiques qu’elle a connus ?» Et de poursuivre :«Elle est tenace. Elle ne lâche rien. Elle est fidèle à elle-même et à ses convictions.» Aurélie Filippetti, camarade ministre et copine du mercredi, exploite la même veine : «Elle est d’autant plus radicale qu’elle n’en a pas l’air.»


La ministre de la Famille se présente comme la ministre «des» familles et ce pluralisme revendiqué, cette diversité affirmée rassérènent à l’heure où les religions s’arc-boutent sur leur homophobie et où quelques socialistes vacillent au gré des jauges manifestantes et semblent prêts à retourner leur culotte en peau de lapin.


Dominique Bertinotti, elle, défend évidemment le mariage pour tous. Mais, à l’inverse de Hollande, elle pousse aussi pour la PMA et n’est pas braquée contre la gestation pour autrui (GPA). Autant l’aura de Christiane Taubira, garde des Sceaux, a pu obscurcir la visibilité de Dominique Bertinotti sur la loi mariage, autant la ministre déléguée tient à faire sienne la loi famille à venir qui parlera PMA, statut des beaux-parents et état civil des enfants nés d’une GPA.


Il y a une maxime que cite souvent Bertinotti et qui sonne comme la promesse d’une évolution des esprits. Façon Beauvoir, elle dit : «On ne naît pas père ou mère, on le devient.» Son itinéraire assez classique témoigne qu’il n’y a rien d’intangible, que la vie brouille les pistes, puis ouvre parfois d’autres horizons.


Dominique Bertinotti a vécu sa jeunesse en Seine-Saint-Denis. Sa mère y est directrice d’école primaire et occupe les logements de fonction mis à disposition. Son père est VRP en… confitures. La mère est exigeante et de gauche. Le père est moins engagé et paraît plus absent. La fille unique garde des souvenirs mélangés de cette enfance mitigée.

Agrégée d’histoire ravie d’avoir appartenu à la génération formée par Braudel, Duby, Le Goff et autres membres de l’école des Annales, elle se marie jeune avec un haut fonctionnaire de Bercy. Elle est désormais séparée de cet ancien élu PS, mais précise : «Nous ne sommes pas divorcés.» Elle a gardé le logement commun, où elle héberge de temps à autre son fils unique, la trentaine, passé par une grande école de commerce et dont la carrière a évolué à l’international.


La sensibilité de Bertinotti à l’homoparentalité vient de l’exercice de son mandat municipal. Propriétaire d’un appartement fleuri sur l’île Saint-Louis, acheté au temps où c’était encore possible, époque à laquelle la municipalité à laquelle elle a appartenu ne nous renverra pas, elle a fait tout son parcours politique dans le Marais. Et s’est retrouvée à devoir résoudre les problèmes parfois kafkaïens de la communauté gay. Elle en dit : «Ces familles-là sont tout aussi responsables par rapport à leurs enfants. Il n’y a pas matière à fantasmes.» Elle ajoute : «Je ne vois pas au nom de quoi leur interdire de transmettre.» Christophe Girard célèbre le contre-casting : «C’est une bonne chose que ce soit une femme hétéro, mère d’un enfant, élue du Marais, qui soit en poste à l’heure du mariage pour tous.»


Dominique Bertinotti ne se raconte pas d’histoire. Elle sait ce que son entrée au gouvernement doit à la parité et à la compensation des malheurs royalistes. Chez Désirs d’avenir, on dit : «Berti n’est pas de celles qui font leur carrière en solo. Elle s’accroche à une étoile. Elle a le respect de l’autorité.» Reconnaissance du ventre aidant, Bertinotti continue à célébrer l’«audace» de sa championne. Elle voit même dans le mariage gay, un hommage à la philosophie de Ségo. Il s’agirait de «refaire famille» envers et contre tous, envers et avec tous. Mais c’est aller vite en besogne que de présenter cette réforme comme un missile anti-68, alors que les conservatismes de toujours s’arment pour la refuser. A l’inverse de Royal, très imprégnée de catholicisme, Bertinotti est d’une incroyance assez charpentée. Et s’inquiète des remontées cléricales : «Nos concitoyens sont en demande de sens. La laïcité s’est assoupie. La nature a horreur du vide.»


Dans ses faveurs d’antimidinette tenue de lister ses goûts et couleurs, elle accouplerait volontiers George Clooney et Pénélope Cruz devant les caméras d’Almodóvar, Buñuel ou Visconti. Les décors seraient inspirés de Kandinsky, Miró ou Tàpies. Sinon, elle aime son café «ristretto» et le sirote à la Caféothèque où elle reçoit plus facilement que chez elle. A passer sous ses fenêtres, on aurait peut-être aperçu une femme protégeant ses géraniums de l’hiver, puis se recroquevillant dans un fauteuil pour se perdre dans ses lectures, tentant de retrouver le choc ressenti en lisant Madame Bovary et le Grand Meaulnes quand elle était collégienne, en banlieue, loin de la grande ville et de cette île qui en est le cœur silencieux.

Photo Frédéric Stucin

Dominique Bertinotti en 7 dates

10 janvier 1954 Naissance à Paris.
1977 Agrégation d’histoire.
2001 Maire du IVe arrondissement de Paris.
2006 Mandataire financière de la campagne de Ségolène Royal pour la primaire.
2008 Réélection comme maire du IVe.
Mai 2012 Ministre déléguée à la Famille.
27 janvier 2013
Manifestation pour le mariage pour tous.

 

http://www.liberation.fr/societe/2013/01/20/dominique-bertinotti-ministre-des-familles_875382

 

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