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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 16:19

 

Ang-san-su-ki.jpgAung San Suu Kyi à Paris : « Si vous vous respectez, n’abandonnez pas vos principes et votre combat ! »

par Ségolène Royal

 

 

Chères amies, chers amis,


Je me réjouis que la France ait réservé à Aung San Suu Kyi un accueil chaleureux et un protocole digne de cette femme d’Etat admirable pour la ténacité de son combat non violent au service du peuple birman.

Lors de la conférence de presse qu’ils ont tenue ensemble, le Président de la République a salué « l’irréductible » qui n’a jamais plié devant la junte militaire et en a payé le prix fort : une quinzaine d’années de réclusion forcée et d’isolement rigoureux.

Il l’a assurée que notre pays fera tout son possible, avec l’Union européenne, pour que les réformes aujourd’hui amorcées en Birmanie débouchent sur « une démocratie pleine et entière ».

Le Maire de Paris, le Ministre des Affaires étrangères, les Présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale lui ont rendu hommage.

La Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche ouvre ce 28 juin la conférence-débat qu’Aung San Suu Kyi tient à la Sorbonne devant 1.400 étudiants.

De notre pays, elle a appris la langue avec des cassettes quand elle était assignée à résidence et elle dit aimer « l’esprit révolutionnaire ».

Ces quelques jours passés à Paris sont la dernière étape d’une tournée commencée il y a une quinzaine de jours en Thaïlande et poursuivie en Europe.

Enfin libre !

Libérée en novembre 2010 mais n’ayant de passeport que depuis mai dernier, Aung San Suu Kyi est enfin libre de ses mouvements.

Partout où elle s’est rendue, elle a remercié celles et ceux qui ont soutenu sa lutte et appelé à en faire autant pour tous les prisonniers de conscience et d’opinion aujourd’hui emprisonnés, auxquels elle a adressé ce message d’encouragement : « si vous vous respectez, n’abandonnez pas vos principes et votre combat ! ».

Partout, Aung San Suu Kyi a expliqué pourquoi elle prenait « le risque calculé » de s’engager dans le processus de démocratisation initié dans son pays : non parce qu’elle aurait une confiance aveugle dans son caractère irréversible (une régression est toujours possible et ce sont encore les militaires qui tiennent toutes les manettes) mais parce qu’un « optimisme prudent » lui paraît la meilleure façon d’avancer, dans le contexte actuel, vers cet idéal démocratique qu’elle définit comme « le pouvoir du peuple » décidant souverainement de son destin.

« Nous ne sommes, dit-elle, qu’au début du chemin » et, après tant d’années de régime dictatorial, rien ne sera facile mais tout doit être fait et bien des compromis assumés pour approfondir et consolider des réformes encore mal assurées mais porteuses d’espoir.

C’est pourquoi, à Oxford où elle a fait ses études et devant les parlementaires britanniques, elle a plaidé en ce sens et demandé, « en tant qu’amie et qu’égale », au gouvernement britannique d’apporter son aide à l’ouverture birmane.

C’est pourquoi, à Oslo où lui a enfin été remis ce Prix Nobel attribué en 1991, elle a évoqué, dans un discours « mûri depuis vingt ans mais écrit la semaine dernière », sa volonté d’œuvrer à « la réconciliation nationale » et à la reconstruction démocratique, économique et sociale de son pays.

Avec infiniment de dignité, Aung San Suu Kyi a confié ce qu’avait représenté pour elle l’attribution de cette distinction : « pendant tous ces jours où j’étais assignée à résidence, j’avais l’impression de ne plus faire partie du monde réel. Ce que le Prix Nobel a fait, c’est de me replacer dans le monde des autres êtres humains, au-delà de l’endroit isolé dans lequel je vivais ».

Son fils avait raison de dire, dans le discours qu’il prononça jadis en recevant ce Prix pour sa mère : « Parce que je suis son fils, je sais son sacrifice personnel et son engagement pour le peuple birman. Et je sais aussi qu’ils ne sont pas vains ».

Non, ces années de résistance n’ont pas été vaines.

Elles ont empêché le monde d’oublier la Birmanie en faisant d’Aung San Suu Kyi un exemple de fidélité à ses convictions, de tenue et de courage.

Le courage de se libérer de la peur

Aung San Suu Kyi n’a cessé d’appeler ses concitoyens à « se libérer de la peur ».

Dans son livre qui porte ce titre, préfacé par un autre dissident, Vaclav Havel, et par François Mitterrand, elle a ces mots qui valent, pour elle, ligne de conduite : « ce n’est pas le pouvoir qui corrompt mais la peur, la peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l’exercent et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime » car « la peur du fléau que représente un pouvoir corrompu corrompt ceux qui sont assujettis à ce pouvoir ».

Dans sa forme la plus insidieuse, ajoute-t-elle, « la peur prend le masque du bon sens, voire de la sagesse, en condamnant comme insensés, imprudents, inefficaces ou inutiles les petits gestes quotidiens de courage qui aident à préserver respect de soi et dignité humaine » (…). Dans un système qui dénie l’existence des droits fondamentaux, la peur tend à faire partie de l’ordre des choses. Mais aucune machinerie d’Etat, fût-elle la plus écrasante, ne peut empêcher le courage de ressurgir, encore et toujours ».

Le courage de risquer le dialogue

Après le courage de défier la peur, Aung San Suu Kyi a eu le courage politique de dépasser les épreuves qu’elle avait subies et de prendre le risque du dialogue dès lors que l’actuel Président du Myanmar (nom donné à la Birmanie par les militaires en 1989) a commencé à desserrer l’étau du régime militaire et à ouvrir la voie d’une possible démocratisation.

Fin de son assignation à résidence, légalisation de son parti, relâchement de la censure et libéralisation des medias, libération de plusieurs centaines de prisonniers politiques (mais il en reste encore sous les verrous), autorisation des manifestations ainsi que, pour la première fois depuis bien longtemps, organisation d’élections accueillant des observateurs internationaux (autres que ceux de la Corée du Nord…) : ces gestes du Président Thein Sein, élu en 2011, ont été jugés suffisamment significatifs et prometteurs par Aung San Suu Kyi pour qu’elle accepte de s’engager dans la brèche.

 

La suite

 

http://www.segoleneroyal2012.fr/blog/actualites/aung-san-suu-kyi-a-paris-si-vous-vous-respectez-nabandonnez-pas-vos-principes-et-votre-combat-par-segolene-royal/

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