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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 23:47
 

 

La crise européenne appelle des décisions plus fermes contre les banques et les spéculateurs. Il faut construire les Etats-Unis d'Europe

 

Après bien des atermoiements, l’Europe s’est enfin dotée d’un vaste plan de secours de 750 milliards pour soutenir les pays en difficulté dans la zone euro et enrayer la contagion née de la crise grecque. Un plan tardif et très incomplet.

Un plan qui ressemble à un rempart érigé à la dernière minute pour protéger l’Union des prédateurs financiers.

En revanche, pas un mot, pas une ligne dans l’accord final sur la lutte contre les spéculateurs, et aucune mesure coercitive contre les banques.

Car au delà de cette bouée de sauvetage lancée en urgence, nous savons bien que cela ne suffira pas et que c’est bien l’ensemble du système financier qu’il faut revoir.

Il y a dans la crise grecque comme les prémices d’une tragédie européenne si nous ne changeons pas radicalement de voie.

Car derrière la crise colmatée dans l’urgence, c’est l’Europe dans son essence qui est en réalité menacée.

Un peuple angoissé, otages des mensonges d’hier et de la purge d’aujourd’hui.

Un gouvernement humilié, contraint d’accepter stous les diktats sous peine d’être abandonné au vent violent d’un destin qu’il tente de maitriser avec sang froid.

Et un retour en arrière est nécessaire aujourd’hui pour bien analyser cet enchaînement dont nous ne voulons plus.

Lorsqu’un état est en déficit, comme c’était le cas de la Grèce ( -12,7% en 2009 ) il dispose de deux moyens pour financer son budget : l’impôt ou l’emprunt, c’est à dire la dette.

En pleine crise, augmenter les impôts n’avait pas de sens. La Grèce comme beaucoup d’autres pays, a donc fait le choix de l’emprunt, sous forme d’obligations. 

Mais pour emprunter, il faut offrir des garanties adéquates à celui qui prête. Un épargnant qui prête de l’argent exige évidemment une rémunération, un intérêt. Mais il demande en outre des garanties de remboursement (des collatéraux).

Avec un déficit public représentant 12,7% de sa richesse nationale, des charges de remboursement déjà très élevées, des manipulations statistiques ayant permis au précédent gouvernement de droite de maquiller l’ampleur du désastre budgétaire, la Grèce a vu naturellement sa crédibilité financière chuter, entraînant la dégradation de sa note attribuée en Décembre 2009 par les principales agences de notations, Standard and Poo’rs et Moody’s. A ce moment là, l’écart de taux d’intérêts sur les emprunts à deux ans entre la Grèce et l’Allemagne ( la signature européenne la plus sure ) atteint 5,5% , et 3,7% sur les emprunts à 10 ans.

Ce sont donc les mêmes agences de notations qui ont cautionné pendant des années des prises de risque importantes, en attribuant de très bonnes notes à des produits financiers à hauts  risques, comme les subprimes. Avant de les déprécier brutalement à l’été 2007,  entraînant ainsi une chute brutale des marchés.

Et le cercle vicieux s’est enclenché sur un raisonnement simpliste : 

Si les marchés redoutent un éclatement de la zone euro, c’est bien parce que la  Grèce et dans une situation désespérée et si la Grèce est dans une situation désespérée, il faut donc redouter un éclatement de la zone euro. CQFD

On nous promettait de réformer le capitalisme mondial. En réalité, rien n’a changé. 

Le temps du sauvetage est donc venu.

Un sauvetage d’abord à reculons d’une Europe qui maugrée avant d’accepter de payer avec le FMI. 80 milliards pour l’Europe, 30 milliards pour le FMI.

Le Fonds Monétaire international qui n’a pas changé, après les cures d’austérité imposées en Afrique et en Amérique Latine. En Grèce comme ailleurs, il applique la même méthode : abaissement des salaires, démantèlement de la protection sociale, augmentations des taxes…

L'Europe, quant à elle, fait payer son aide au prix fort.

A quoi assiste t-on avec une impression de déjà vue ?

Au règne tout puissant des marchés.

Un an et demi après le début de la crise financière, de l'effondrement spectaculaire de Lehman Brothers, rien n'a changé. 

Et l'on peut même dire que le poids des marchés s'est accentué. 

Nous le savons bien: les institutions financières européennes détiennent environ les deux tiers de la dette publique grecque, estimée à 300 milliards d’euros.

Toute renégociation de l’endettement se serait donc traduite par des pertes pour les banques européennes, ce qui est inconcevable pour le marché qui règne en maître dans un système qui s'est reconstitué et même renforcé.

Certes, il fallait éteindre l’incendie.

Mais pour combien de temps puisque l’on feint d’ignorer les racines du mal.

Puisqu’on ne s’engage pas résolument dans la seule voie possible : la réforme , et non pas la « moralisation », du capitalisme financier. Une réforme qui sépare clairement les activités de prêts aux particuliers et aux entreprises des activités de spéculation comme je l'ai dit l'an dernier.

Oui, l’incendie sera peut être éteint, aux prix de sacrifices immenses, qui seraient inconcevables en France: baisse des salaires, augmentation des taxes, notamment de 21 à 23% sur l’alcool, le tabac et les carburants allongement de la durée du travail, porté à 60 et de la durée des cotisations, de 37 à 40 ans…suppression du 13ième et du 14ième mois ( qui correspond aux congés payés pour tous les salaires supèrieurs à 3000 euros, les indemnités chomages devraient aussi être revues à la baisse. Diminution des investissements dans le secteur public ( santé, éducation ). Rappelons que le salaire minimum brut est de 727 euro en Grèce et de 1343 en France. Au total , les grecs devront faire 30 milliards d’économies sur 3 ans pour pouvoir survivre.

Quel pays peut supporter une telle purge ?

Les plus pessimistes analysent déjà que la Grèce ne pourra pas supporter ce plan qui risque de plonger le pays dans une longue récession

Qui est responsable dans cette affaire ?

Nous le savons tous. Les spéculateurs et les atermoiements de l’Europe.

Derrière la crise grecque, c'est non seulement la zone « euro » qui est menacée mais plus encore, l'idée même de l'Europe, de la construction européenne, alors que nous venons de fêter Son 60ième anniversaire.

A travers la Grèce et les pays du Sud de l’Europe, c’est le projet politique européen dans son ensemble qui est aujourd’hui à un moment de vérité.

Les preuves de bonne volonté individuelle des pays du Sud de l’Europe pour témoigner de l’efficacité de leur plan de redressement des finances publiques ne suffiront pas.

Le plan européen d’aide aux pays européens en difficultés ne suffira pas, même s’il s’agit d’un premier pas.

Pour résister aux attaques spéculatives, pour que l’Europe soit autre chose qu’un marché soumis à toutes les tempêtes, économiques, sociales, politiques, elle doit aller plus que jamais dans le sens de son destin. Et plus que jamais, son destin, ce sont les Etats Unis d'Europe que j'ai appelés déjà de mes voeux.

Ségolène Royal

 


Lire aussi :

Le capitalisme financier a besoin de réformes radicales. A partir de "La crise de trop" de Frédéric Lordon et "Trois leçons sur la société post-industrielle" de Daniel Cohen.
Par l'Equipe de Ségolène Royal

La dépression mondiale est devant nous
par Jacques Attali sur Slate.fr

Plaidoyer pour l'inflation
par Jacques Attali sur Slate.fr

La nuit du 4 août de la zone euro
par Jean Quatremer

Grèce : la vraie faille de l'Europe est sociale, pas économique
, par Jean-Claude Barbier

Grèce : pourquoi le plan échouera,
par Martin Wolf, (éditorialiste économique, partenariat Le Monde avec le "Financial Times". © FT)

 L'Europe est face à son test le plus important, l'appel de Jacques Delors aux Européens sur Challenges.fr

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Michèle Fazilleau - dans desirsdavenir86
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