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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 22:03
EDF: l'Elysée va limoger Pierre Gadonneix mais les tarifs augmenteront

Par Martine Orange <
http://www.mediapart.fr/club/blog/martine-orange>*

Après France Télécom en 2002, va-t-on assister à un scandale EDF dans les
mois qui viennent? C'est le scénario noir qui semble agiter le gouvernement
depuis quelque temps. De plus en plus alarmé sur la situation qui prévaut
dans l'entreprise publique, Claude Guéant, le secrétaire général de
l'Elysée, a pris le dossier en main. Il a demandé une analyse approfondie
sur l'état de l'entreprise.

Les premiers résultats font ressortir un constat accablant: en l'état
actuel, même si EDF parvient à réaliser, comme il l'a prévu, un programme de
cession d'actifs de 5 milliards d'euros, l'endettement du groupe public
doublera d'ici à la fin de l'année, passant de 24,5 à 50 milliards d'euros.
Un chiffre inavouable et insupportable, même pour un groupe aussi puissant
qu'EDF.

Une première décision semble avoir déjà été arrêtée à l'Elysée:
contrairement à ce que le gouvernement prévoyait il y a encore trois mois,
Pierre Gadonneix ne sera pas renouvelé à la tête d'EDF en octobre. Son
successeur n'est pas encore choisi. Une très courte liste de candidats
possibles a été dressée. «*Quel que soit le nom, ce sera un industriel. EDF
est un sujet trop important pour le laisser dans des mains inexpertes»*,
assure un proche du dossier.

Pierre Gadonneix est-il déjà au courant de cette décision? Certaines
confidences faites à ses proches ces derniers jours pourraient le laisser
croire. Cela expliquerait alors son étrange comportement. Le jour même où le
groupe public vient de lever 3,2 milliards d'euros – trois fois plus que ce
qu'il avait prévu à l'origine – auprès des particuliers, il annonce qu'il a
un besoin urgent d'argent!

Passant délibérément sous silence le contrat de service public qui lie EDF à
l'Etat,<
http://www.mediapart.fr/files/csp-contrat%20de%20service%20public.pdf>et
qui stipule que
*«l'évolution des tarifs aux particuliers ne sera pas supérieure au taux de
l'inflation»* jusqu'à la fin de 2010, Pierre Gadonneix demande une
augmentation de 20% sur trois ans afin de financer ces besoins
d'investissements. Argument qui avait déjà été avancé au moment du lancement
de l'émission obligataire du groupe. «*Ce rattrapage est pour pouvoir
assurer – à nos enfants et à nous-mêmes – que la réussite du projet
industriel d'EDF soit pérennisée. Sinon, dans dix ans, tout le succès du
nucléaire sera derrière nous»*, précisait ce jeudi le PDG d'EDF sur RTL.

En demandant l'alignement des pratiques françaises sur le reste de l'Europe,
Pierre Gadonneix s'inscrit dans un débat politique, semblant forcer l'Etat à
tirer toutes les leçons sur l'ouverture du marché électrique à la
concurrence. Christine Lagarde en a pris acte, d'ailleurs, évoquant hier de
possibles «hausses tarifaires».

*Une conduite calamiteuse*

Pourtant, c'est bien de sa conduite de l'entreprise dont il faut parler. A
la lumière de l'état d'EDF, celle-ci se révèle calamiteuse. Pierre Gadonneix
explique ainsi que les augmentations tarifaires s'imposent pour relancer les
investissements en France. Les dépenses d'investissement sont en effet
tombées à un seuil critique dans le groupe. Au cours des dix dernières
années, EDF a vécu sur sa rente, engageant moins de quatre milliards d'euros
par an pour l'entretien et le renouvellement de ses équipements. Résultat?
Des manques criants partout. Un réseau de distribution au bord de
l'apoplexie, un parc nucléaire souffrant de pannes à répétition et allant
jusqu'à manquer de pièces de rechange indispensables.

La situation n'est pas nouvelle. Et pendant les quatre premières années à la
tête d'EDF, Pierre Gadonneix n'a rien fait pour la changer, continuant à
maintenir au plus bas niveau les investissements français. L'affichage de
résultats en constante augmentation, la conquête des marchés internationaux,
la tenue du cours de Bourse, étaient prioritaires. La prise de conscience de
la nette dégradation de son système électrique est venue il y a à peine un
an. Brusquement, la direction d'EDF a réalisé la vulnérabilité de sa
position: le groupe public est devenu acheteur net d'électricité, et dépense
désormais des milliards pour assurer l'approvisionnement de la France.
Déstabilisées par le manque d'investissement et une organisation
inadaptée (lire
EDF: les salariés du nucléaire en
fusion)<
http://www.mediapart.fr/journal/economie/180609/edf-les-salaries-du-nucleaire-entrent-en-fusion>,
ses centrales affichent un taux de disponibilité – calcul économique qui
mesure l'efficacité industrielle et économique – en baisse constante. D'un
peu plus de 80%, ce taux est tombé officiellement à 79%, dans les couloirs
du groupe, on évoque même le chiffre de 75%. Un point de moins signifie des
milliers de KWh en moins, des dizaines de millions d'euros envolés.

D'où la nécessité de dégager d'importants moyens financiers pour réorganiser
une entreprise totalement déréglée. Mais EDF n'a plus la flexibilité
financière nécessaire pour le faire. *«Tous les bénéfices de la rente
nucléaire ont été reversés aux Français»,* explique Pierre Gadonneix pour
expliquer l'impasse dans laquelle se trouve le groupe public aujourd'hui.
Dans les faits, il n'en est rien. Les consommateurs français ont certes
profité d'une électricité bon marché, alignée sur l'inflation mais
désindexée de coûts pétroliers et gaziers. Mais c'était l'objectif même du
programme nucléaire lancé à partir de 1975.

La rente nucléaire a surtout servi à payer la conquête internationale du
groupe. Entre le rachat de l'allemand EnbW, du britannique London
Electricity et de l'italien Edison, EDF a dépensé plus de 20 milliards
d'euros entre la fin des années 1990 et 2005. Sans parler des 10 milliards
investis dans les années 1990 dans des sociétés en Amérique du Sud (Brésil
et Argentine) qui se sont révélées des opérations calamiteuses et ont été
liquidées dans des conditions tout aussi désastreuses. Contrairement à ce
qu'assure Pierre Gadonneix, aucune des filiales internationales du groupe ne
s'auto-finance, et l'endettement lié à ces acquisitions n'a toujours pas été
remboursé.

*Fuite en avant financière*

Si Pierre Gadonneix s'en était tenu à cette diversification internationale,
EDF pourrait sans doute financer la relance des investissements en France.
Mais 2008 a été la folle année d'expansion. En dépit de toutes les mises en
garde, le président d'EDF a décidé de racheter le groupe nucléaire
britannique British Energy pour 13,9 milliards d'euros. Selon certains
experts, EDF a payé environ trois fois le prix normal pour cette entreprise
en perte, exploitant huit centrales nucléaires en fin de vie. Pierre
Gadonneix a justifié cette opération, au nom de la promotion du savoir-faire
nucléaire français: British Energy devant servir de base pour l'implantation
de quatre EPR en Grande-Bretagne.

Il n'est même pas sûr que cette opération puisse voir le jour. Comme l'a
révélé le *Times* le 1er
juillet,<
http://business.timesonline.co.uk/tol/business/industry_sectors/natural_resources/article6613960.ece>l'autorité
de sûreté nucléaire britannique a émis les plus grandes réserves
sur certaines parties du réacteur, les jugeant pas assez sûres. Elle a
demandé des modifications très importantes des technologies. Elle subordonne
son autorisation d'implantation à ces changements. Ce qui signifie des mois
voire des années de travail. En attendant, EDF se retrouve avec une
entreprise déficitaire et une dette supplémentaire de plus de 10 milliards
d'euros.

Il en va de même aux Etats-Unis. Pariant sur un renouveau du nucléaire – qui
est très loin d'être acquis –, EDF s'est d'abord porté acquéreur de 9% du
groupe américain Constellation, qui aimerait construire des EPR sur le
territoire américain. Fin 2008, asphyxié par la crise, Constellation a frôlé
la faillite. Pour EDF, cela se serait traduit par une perte de 750 millions
d'euros. Plutôt que d'avouer cette perte, la direction du groupe a décidé,
au contraire, de doubler la mise. Il s'est porté acquéreur de la moitié de
Constellation pour 5 milliards d'euros. La transaction n'est pas encore
conclue. Au gouvernement, on souhaite qu'elle ne le soit jamais.

Les charges financières de cette folle expansion ne cessent de s'envoler. Et
Pierre Gadonneix n'a rien fait pour les endiguer. Pour continuer de faire
croire à la bonne santé du groupe, il a choisi de s'endetter pour payer le
milliard d'euros de dividendes à ses actionnaires, alors qu'EDF n'était pas
en situation de l'honorer, affichant un autofinancement négatif. De même,
par pur opportunisme et politique de communication, il a lancé son emprunt
obligataire auprès des particuliers au lieu de lever de l'argent dans des
conditions plus intéressantes sur le marché. Pour EDF, ce sera 150 millions
d'euros de frais financiers supplémentaires pendant cinq ans.

Mais le voile commence à se déchirer. Les agences de notation s'inquiètent
de cette situation et réfléchissent à abaisser la note d'EDF, ce qui
renchérirait encore le coût de sa dette. Et, dans le plus grand secret, la
division financière du groupe travaille sur des scénarios noirs de stress
financier.


http://www.mediapart.fr/journal/economie/090709/edf-l-elysee-va-limoger-pierre-gadonneix-mais-les-tarifs-augmenteront
*Links:*
[1]
http://www.mediapart.fr/club/blog/martine-orange
[2]
http://www.mediapart.fr/journal/economie/100709/electricite-cette-hausse-prevue-dont-le-gouvernement-ne-veut-pas-parler
[3] http://www.mediapart.fr/files/csp-contrat de service public.pdf
[4]
http://www.mediapart.fr/journal/economie/191208/edf-risque-la-surchauffe-financiere
[5]
http://www.mediapart.fr/journal/france/170609/edf-enquete-sur-un-service-public-taille-en-pieces
[6]
http://www.mediapart.fr/journal/economie/180609/edf-les-salaries-du-nucleaire-entrent-en-fusion
[7]
http://business.timesonline.co.uk/tol/business/industry_sectors/natural_resources/article6613960.ece


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Michèle Fazilleau - dans desirsdavenir86
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