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2 octobre 2008 4 02 /10 /octobre /2008 03:42

Par Nicolas Domenach avec l'Edition spéciale de Canal Plus et Marianne. Ségolène Royal s'est attiré une volée de railleries après son show au Zénith. Et si la grande prêtresse du théâtre engagé devait être prise au sérieux ?


Du mépris à la volée. Une bastonnade de moqueries assassines. Les « chers camarades » n'auraient-ils rien compris ? Ils ont roué Ségolène Royal de railleries. Comme s'ils n'avaient rien appris. Toujours rien compris. Son Zénith les a aveuglés de rage. Martine Aubry et Laurent Fabius nous ont expliqué qu'ils n'avaient rien à faire avec cette « politique spectacle ». Quand on songe qu'ils sont tombés dedans quand ils étaient petits, enfin ministres, premier ministre etc… Tout aussi impayable, Bertrand Delanoë, le moderniste patenté, a tenu à spécifier que « lui ne faisait pas de mise en scène ». Ben voyons…Pourtant, depuis qu'il a cessé de faire chorale avec les petits chanteurs à la croix de bois, il n'a pas fait dans les fêtes de patronage ou le théâtre aux armées, le maire de Paris. Et le voir vanter tout à coup le primat de l'action collective, alors qu'il fut un mitterrandiste absolu, avant d'être, et de rester un jospiniste total, voilà qui ne manque pas de sel. Quant à Henri Emmmanuelli, qui est un spectacle à lui tout seul, l'entendre dénoncer un rassemblement « sectaire » parce qu'on y a entendu des slogans tels que « fraternité, fraternité », voilà qui montre jusqu'où peuvent s'égarer….les meilleurs esprits !

N'oublions pas cependant François Hollande, qui s'est laissé aller à de ces commentaires qui montrent à quel point « le non sens » l'emporte dans le parti, puisque le Premier secrétaire de ce désordre relève : « le principal est que tous les socialistes tiennent le même discours ». Ils auraient donc un discours. En l'occurrence plutôt un ennemi commun, Ségolène Royal, qui a commis une première horreur : elle a fait « du show bizz ». La honte….

Elle a changé de coiffure, de tenue de scène, de gestuelle. C'est vrai. Elle s'est déverrouillée. Tous les verrous n'ont pas sauté. Il s'en faut. Elle est cependant moins raide. Plus en boucles et volutes. En glamour. Finie la diablesse bourgeoise convenable en Prada. Tunique bleue sur jeans, la coquine bouge enfin. Elle ne se cramponne plus au pupitre comme à une bouée de sauvetage, et ne se limite plus à une gestuelle austère de maîtresse d'école raide comme un piquet où elle voulait tous nous envoyer. Ses bras se sont arrondis, ses phrases aussi. Plus d'aigu, ni de pointes comme des craies crissantes dans nos têtes. Elle se faisait charmeuse. Certes sans respecter les canons socialistes, mais plus canon que jamais.

L'ex-candidate malheureuse à l'élection présidentielle irradiait. Elle faisait même rire, incroyable ! En citant non pas Jaurès, ni Blum, d'accord, mais Edmond Rostand ou Woody Allen , qui avait eu cette réponse lorsqu'on lui demandait s'il avait peur de mourir : « ce n'est pas que j'ai peur de mourir, mais je ne voudrais pas être là quand ça arrivera. » Les spectateurs étaient écroulés. Des populaires plutôt, pas des élites. Royal a toujours un problème, un gros, avec les « couches sups ». Mais la Madonne, comme Madonna, a ses fidèles qui ne la lâchent pas, qui scandent en chœur : « fra-ter-ni-té » et l'ovationnent quand elle jubile : « oui, l'heure d'un nouvel élan a sonné…je suis là aujourd'hui, je serais là demain… » C'est cette affirmation fière qui a paru sans doute insupportable à ses rivaux socialistes. Quelle que soit l'issue de la compétition pour la direction du PS, il faudra compter avec elle pour la prochaine présidentielle. Intolérable pour les autres…

Charmeuse et charmante
Certes, le message politique était un peu court. Mais qui peut prétendre aujourd'hui, au PS en particulier, avoir beaucoup à faire entendre sur la crise du néocapitalisme, les remèdes à apporter, l'éthique du marché à réinventer. Sans doute aussi Ségolène Royal fait-elle songer à Olivier Besancenot quand elle se prononce pour « l'interdiction de délocaliser et de licencier et l'obligation de rembourser les aides publiques quand l'entreprise réalise des bénéfices ». Mais que celui qui ne louche pas sur l'extrême gauche lui lance la première vraie pierre, et non ces lazzis qui dénotent surtout un malaise prétendument dépassé. Le trouble de partisans qui souhaitent partisaner en rond, et rejettent toujours un corps étranger, une femme, qui n'était venue au Zénith que pour dire « je suis debout ». Elle l'a même bien dit. En chaloupant. Charmeuse et charmante. Certes, parce qu'elle a répété avec Arianne Mnouchkine.

Mais son travail avec la grande prêtresse du théâtre engagé n'était pas purement technique. C'était un travail sur soi. Arriver à se dénouer. A digérer ses traumatismes. A encaisser ses échecs. A être soi même justement. Ce qui fut si délicieux pour ses partisans et sans doute ce qui a ulcéré ses adversaires : cette prétention glammour à continuer le combat. Comme avant ? Plus qu'avant. A l'exemple de Barak Obama. La fin du politique, de la rhétorique classique? Ou l'entrée madonnesque dans une nouvelle ère de la « com » ? Voilà un vrai débat qui vaut mieux que toutes les excommunications…

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Michèle Fazilleau DA86 - dans desirsdavenir86
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