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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 23:59

                Le spectacle que donne présentement  le PS, mon parti, est désastreux, son discours est inaudible dans sa globalité et ses dirigeants éparpillés en rivalités cacophoniques  : éléphants qui pointent leurs trompes, même en hibernation à Washington, Rouen, voire à l’ïle de Ré, éléphanteaux occupés à se modeler un profil d’avenir …, sous-éléphanteaux s’évertuant en tractations discrètes à ciseler d’hypothétiques alliances, C’est ainsi que se bousculent au portillon de la rue de Solférino une dizaine de « candidats-chefs » potentiels …

 

Il est évidemment rude de s’exprimer en ces termes, je le reconnais, mais  plutôt que de céder à l’hypocrisie, mieux vaut s’armer de courage et  dire les choses telles qu’on les voit.  C’est indiscutablement plus vivifiant que la pratique acerbe et sournoise de la petite critique assassine qui a sévi tout au long de la campagne interne au PS en 2006 et qui lui a fait tant de mal !

 

                Et voilà que ça recommence ! Au moment où le pouvoir patine, où la popularité du Président est au plus bas, au moment surtout où les Français souffrent, voient s’effriter leur niveau de vie et remettre en question la qualité du pacte social ! Résultat : il n’est pas une enquête qui ne souligne le peu de considération et la « déconfiance » qui se manifeste à notre égard, à nous, socialistes … Il n’est pas une enquête non plus qui, au fil de nos tergiversations, ne valorise par nos carences une gauche extrême pourtant éloignée de toute perspective gouvernementale …

 

                Ainsi nous voilà repartis, comme à l’habitude, en de multiples « contributions » dans la longue préparation d’un congrès traditionnel. Des centaines de pages vont inonder les boites à lettres des militants que la grande majorité, comme à l’habitude, ne prendra pas la peine de lire … Des  contributions dont chacun a bien compris qu’elles émanent de quelques  chefs, sont contrôlées par eux et n’ont pour but que de participer aux tractations d’alliances entre ces mêmes chefs au congrès … Les militants n’auraient leur mot à dire que pour approuver et pour suivre, ils ne seraient que le « vulgum pecus »

 

Je connais la musique depuis  37 ans, depuis Epinay, dont j’étais co-participant ( 1 ) et acteur à ma mesure : c’était formidable, l’esprit de rénovation soufflait et l’espoir se faisait jour de voir la gauche enfin accéder au pouvoir ! La pratique de la proportionnelle alimentait un débat riche entre les « courants de pensée », acteurs vivants de démocratie.

 

Mais avec le temps, les-dits courants de pensée sont devenus tendances, lesquelles se sont progressivement mues en clans et, la présidentialisation du régime aidant, les clans  ont été pris en mains par les « éléphants », trompes en l’air vers l’Elysée … Le cycle d’Epinay, si novateur en ses débuts, s’est progressivement délité au point d’être à bout de souffle … Il est miné par les rivalités d’ égo et de clans  …

 

Il me paraîtrait avisé, en la circonstance, de procéder à un bref retour sur notre histoire qui ne peut être qu’éclairant : le parti socialiste, depuis qu’il existe et tout au long du XXème siècle , a connu quatre grands cycles de vie : 1905-1920, 1920-1940, 1945-1971, 1971-2008, cycles riches en différences. Entre chacun de ces cycles, des évènements forts sont intervenus, qui ont à chaque fois bousculé fondamentalement la vie et le fonctionnement du parti : la  scission et le congrès de Tours en 1920, la guerre 40-45, la décadence et la disparition de la SFIO en 1969. Chaque fois a été tirée la leçon de l’échec ou de la crise.

 

Nous avons connu en 2002 un premier signe fort, annonciateur de la fin du cycle d’Epinay : c’était l’effondrement du Premier Ministre socialiste en place, avec la double humiliation d’avoir à  s’effacer derrière Le Pen et à appeler à voter au 2éme tour pour le candidat des droites ! Un deuxième a suivi peu après avec la crise que nous avons traversée en 2005 et notre incapacité à défendre ensemble dans l’unité le choix démocratique que nous avions fait sur la constitution européenne. Oui, le cycle d’Epinay s’achève, hélas,  dans une crise à la fois de fonctionnement et de perspectives.

 

N’y aurait-t-il pas de notre part une collective hypocrisie à refuser de voir cette réalité en face ? Et pourtant  seule une mutation forte nous ferait d’évidence déboucher sur un nouveau cycle. Je ne suis, à mon âge, un inconditionnel de personne et je reconnais ne pas être en accord sur tout ce qu’elle déclare avec Ségolène Royal ; mais elle me paraît la seule qui ait le courage et l’audace de voir les réalités en face, de remettre en question nos habitudes de facilité, la seule qui ait vraiment la volonté chevillée au corps de rénover notre vieille maison  !

 

Je respecte, bien sûr, celles et ceux qui s’expriment en de multiples contributions, mais je suis obligé de reconnaître que leurs hésitations, leurs tergiversations face à une mutation aussi nécessaire que profonde du PS tendent à faire d’eux, ou malgré eux, des « coalisés de l’immobilisme » : il ne faut rien toucher à l’essentiel et surtout pas aux habitudes, juste se limiter à un ravalement de façade… Peut-on encore prendre les mêmes et recommencer ? Peut-on garder les mêmes tendances, les mêmes clans, les mêmes éléphants et accepter que ce soit par leur canal, par des compromis entre eux, que l’on réalise un congrès novateur ?  Quel abracadabrantesque scénario !

 

Dans un contexte où le débat démocratique est obéré par le fait que nous avons depuis 18 mois une gauche sans tête, tandis que s’accélère la présidentialisation du régime. Face à Sarkozy, il n’y a pas de leader, mais la cacophonie … La gauche est à la fois en mal de leadership et réticente à l’idée de leadership, résurgence pour elle de vieux tabous ! Pourtant si nous avions eu le bon sens de confirmer le leadership que nous nous avions démocratiquement accordé à Ségolène Royal, plutôt que de régler à nouveau des comptes, de gaspiller les énergies à coaliser les clans contre elle, et encore une fois tout remettre en chantier, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Alors, on est en droit de se poser la question : la priorité à accorder au leadership ne serait-elle pas la meilleure façon de rompre avec le clanisme qui nous asphyxie ?

 

 Imaginons que le congrès de Reims penche en faveur des «coalisés de l’immobilisme». Qui pourrait croire en ce cas que le programme qui en résulterait serait autre chose que la résultante d’un mauvais compromis entre les clans et les rivalités idéologiques traditionnelles et souvent antagonistes ? Pour imaginer un nouveau programme capable d’affronter les dures réalités d’aujourd’hui, il reviendrait au nouveau leader de se placer au dessus des clans et d’avoir autorité pour cela..Ce qui lui donnerait les moyens de répondre aux nouveaux défis qui nous sont posés pour sauvegarder notre pacte social tout en le réformant et pour redynamiser notre recherche et notre économie. Là encore, il faudra du courage, de la volonté, de l’audace. 

 

La gauche de demain, je ne la vois revenir au pouvoir que profondément renouvelée, à la condition qu’elle soit généreuse dans sa volonté et dans ses choix. Encore faudrait-il que nous, militants socialistes, ayions préalablement sonné la fin de l’hégémonie claniste et pris sur nous de remettre en chantier notre vieille maison, c’est d’abord notre parti et c’est en conséquence notre devoir militant.

                                                              

Gérard Denecker

 

( 1 ) Venant du PSU, je suis entré au nouveau parti socialiste en 1969 aux côtés d’Alain Savary et Pierre Beregovoy, puis j’ai rejoint logiquement le regroupement élargi à Epinay, où j’ai été élu au Comité Directeur national.

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Michèle Fazilleau DA86 - dans desirsdavenir86
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