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Elise Lucet : Merci d'être avec nous, Ségolène Royal. Premier enseignement de ce scrutin, est-ce que vous avez le sentiment, d'après les premières estimations, même s'il n'y en a pas encore énormément, qu'il s'agit d'un vote sanction ?

Ségolène Royal: Oui, c'est évident. Il y a deux choses, il y a d'abord un vote sanction, vous savez, moi, j'ai beaucoup parcouru la France, et j'ai vu monter très fortement la désillusion et même la colère. Regardez encore récemment les manifestations des retraités qui se sentent méprisés, donc qui paient aujourd'hui un impôt sur la santé avec les franchises médicales, qui voient leur niveau de vie dramatiquement baisser, puisque les prix de l'alimentation ont augmenté parfois de 30 à 40%, et les retraites n'ont été augmentées que de 1,1%. Donc c'est toute cette colère aujourd'hui qui s'est manifestée. Et il faut que ce vote sanction s'amplifie dimanche prochain, sinon, rien ne changera par rapport à ce que la France subit aujourd'hui. Mais je vois aussi beaucoup de maires socialistes, de maire de gauche élus dès le premier tour, en ballottage très favorable, et ça veut dire aussi que les électeurs veulent choisir des bons maires, des maires sérieux qui ne soient pas dans l'improvisation, des maires qui rendent des comptes, des maires qui respectent les citoyens, des maires qui obtiennent des résultats, qui ne soient pas dans l'improvisation comme dans la désinvolture, comme on le voit aujourd'hui à la tête de l'Etat. Et donc ce vote est très encourageant. La participation aussi est très encourageante, rien n'est fait bien sûr, il faut maintenant transformer ce premier tour en victoire définitive dès dimanche prochain, parce que, il faut aussi que ce soit un vote, bien sûr, de sanction, on l'a vu, de sanction sévère, pour que la France continue à avancer et refuse le déclin, mais aussi un vote d'espérance, un vote d'espoir, parce que c'est dans les communes, petites et grandes, je pense aussi aux communes rurales, pas seulement aux communes urbaines, dont on parle beaucoup, dans les départements aussi, appuyés sur des régions socialistes, que l'on invente de nouvelles façons d'agir, de nouvelles façons de vivre ensemble, d'espérer pour que chacun ait sa chance, et pour que l'on cesse, comme c'est le cas aujourd'hui au niveau national, de donner surtout à ceux qui ont le plus. Je crois que les Français souffrent aujourd'hui…

David Pujadas: Alors justement, est-ce que vous souhaitez, Ségolène Royal, que les municipalités, les mairies, les villes deviennent des contre-pouvoirs après le deuxième tour si cette poussée se confirme ?

Ségolène Royal: Ce sont davantage que des contre-pouvoirs, ce sont des territoires qui, s'ils tirent tous dans la même direction, peuvent redonner à la France les valeurs dont elle a besoin, puisque nous rentrons, là, dans une zone à risque, puisque la France est mal présidée, mal gouvernée, que le monde aussi est un monde à risque ; et donc nous avons besoin de valeurs, de repères. Quel sont ces repères, c'est l'efficacité, c'est l'argent public bien dépensé, et notamment de façon juste, c'est-à-dire tout le contraire de ce qui a été fait avec le paquet fiscal de quinze milliards, qui a été surtout donné aux plus privilégiés, c'est la laïcité, et c'est le respect des citoyens, et la politesse élémentaire qui consiste à leur rendre des comptes et respecter la parole donnée. 

Source : Désirs d'Avenir

 ESTOCADE •  Sarkozy, ce grand malade. Pour le directeur adjoint d’El País, le président français “se vautre dans l’exhibitionnisme” et “rabaisse la République au niveau de Monaco”. Une charge violente contre un Sarkozy atteint d’une “incurable hypertrophie de l’ego”.

Les Français ont un problème. Ils croyaient avoir un superprésident, un hyper­dirigeant capable de les sortir de la dépression et de la décadence, et voilà qu’ils ont écopé d’un président comme ils en ont déjà connu beaucoup d’autres : à savoir malade, limité, qu’il faut dorloter et protéger tout en s’organisant pour que la France tourne et que le gouvernement et les institutions fassent leur devoir. La situation n’a rien d’inédit : Pompidou et Mitterrand étaient déjà des présidents malades et diminués. Le premier est même mort avant la fin de son mandat. Quant à Chirac, il fut un obstacle paralysant pendant une bonne partie de sa présidence. La maladie dont souffre Sarkozy n’a pas la gravité du cancer de la prostate de Mitterrand, mais elle touche un organe vital s’il en est : l’ego. Celui du président est d’évidence atteint d’une hypertrophie probablement incurable.
Plus on s’approche du 9 mars, date du premier tour des élections municipales, plus la nervosité des candidats du parti présidentiel augmente et plus on redoute les interventions de Sarkozy, susceptibles de faire perdre des voix à l’UMP. Le parti du chef de l’Etat est divisé à cause de tensions qu’il a lui-même créées. Le traitement qu’il a infligé en public aux uns et aux autres, y compris à certains de ses collaborateurs les plus proches, est digne du comportement d’un monarque bilieux et capricieux avec ses laquais. Même son actuelle impopularité est extravagante : elle ne s’explique pas par un train de réformes puisque ces dernières sont encore largement inappliquées. Elle s’explique uniquement par son comportement public.


Un triomphe de sultan, seigneur en son sérail

Le trône qu’occupe Nicolas Sarkozy a été imaginé par de Gaulle pour lui permettre d’être le troisième larron d’un monde bipolaire. Le président français voulait être un fier contrepoids occidental dans l’affrontement entre Washington et Moscou. Or Sarkozy, arrière-petit-
fils libéral et proaméricain de De Gaulle (après le petit-fils, Chirac, et le fils, Pompidou), s’est installé sur le trône élyséen porté par son ambition personnelle et sa conception égotique de la présidence : il a par le fait encore accru les pouvoirs de la présidence. Et, une fois parvenu à ses fins, il s’est consacré à lui-même, comme un ado narcissique obnubilé par ses sentiments et ses plaisirs. Certes, le pouvoir peut en apporter beaucoup, mais la prudence conseille de ne pas trop en faire étalage.
C’est sur trois points précis qu’est venu se briser le personnage : l’économie, qui n’a pas enregistré la moindre amélioration depuis son arrivée ; son idéologie plus néocons, voire “théocons”, que gaulliste – en témoignent des prises de position sur la laïcité contraires à la culture de la République ; et sa vie privée, étalée dans les médias. En monarque thaumaturge qui par une simple imposition des mains devait augmenter le pouvoir d’achat, il a échoué au point de prononcer la formule maudite qui rompt les sortilèges : “Qu’est-ce que vous attendez de moi ? Que je vide des caisses qui sont déjà vides ?” En monarque philosophe, il a manifesté les plus fortes réserves vis-à-vis des traditions républicaines, en exprimant avec désinvolture son affinité intellectuelle avec le pape. Il n’a pleinement triomphé que dans le rôle de sultan, seigneur en son sérail, paré des atours qui passionnent un certain public – et manifestement aussi ses pairs. Le voilà fasciné par son propre pouvoir de séduction, son goût exquis et sa désinvolture. Mais ce triomphe-là a le don de déprimer beaucoup de Français car il rabaisse la République au niveau de la principauté de Monaco.

--> Il faut que le gouvernement redevienne sérieux : Ségolène Royal sur France 2
--> L'amateurisme, l'immaturité et la désinvolture du gouvernement : chat de Ségolène Royal sur Le Monde


--> Ecole :

Ségolène Royal sur LCI dénonce le recours aux vieilles méthodes :


- Shoah : il est trop lourd de faire porter ce poids à des enfants  --> la réaction de Ségolène Royal

Nous reproduisons ci-dessous un appel, publié dans Marianne, signé par dix-sept personnalités de la droite, du centre, de l'écologie et de la gauche républicaine. A situation exceptionnelle, rassemblement inédit... 

Il se passe de drôles de choses dans notre République. L'actuel Président avait bien promis la rupture. Rupture il y a, mais pas seulement telle qu'elle avait été annoncée.
Un gouvernement marginalisé, dont le travail s'avère pré-mâché par les conseillers du Prince. Rupture.
Un Président qui semble déserter la fonction, parlant tour à tour comme croyant ou comme laïc. Rupture.
Un Président qui veut mettre la politique en chiffres, comme s'il s'agissait de vendre des petits pois. Rupture.
Un Président qui entend diriger ses équipes comme un manager d'hypermarché, distribuant bons et mauvais points, primes ou sanctions. Rupture.
Un Président qui reste chef de parti et dont le domaine réservé est davantage la Mairie de Neuilly que la politique de défense. Rupture.
Un Président qui prétend substituer au débat contradictoire traditionnel entre majorité et opposition la mise en scène des divergences entre ses courtisans et ses ministres. Rupture.
Un Président qui affirme devoir être heureux pour gouverner le pays. Rupture.
Un Président qui annule ses rendez vous du soir et du matin pour vivre pleinement son couple. Rupture.

La liste est longue des stupéfiantes innovations, que, volontairement ou involontairement, Nicolas Sarkozy a introduit dans la politique présidentielle. 
Ce nouveau cours suscite donc des inquiétudes, une anxiété même. C'est cette anxiété, qui risque bien de s'amplifier dans les semaines et les mois à venir, que traduit l'appel républicain de dix-sept hommes et femmes politiques que nous reproduisons ci-dessous.
 On ne doit pas se tromper sur sa signification : si des personnalités politiques de premier plan qui ont l'habitude de s'affronter sur la scène public depuis des années, prennent le risque de s'afficher au bas d'un même texte à quelques jours d'un scrutin dont le président lui a annoncé qu'il serait politique, si cet appel a recueilli la signature de plusieurs hommes et femmes politiques de la droite républicaine, c'est bien que le contexte politique créé par huit mois de sarkozysme est totalement inédit.
A lire. 
A méditer.
Avant d'agir ?

© Baya KananePour une vigilance républicaine

Les soussignés se réclament de sensibilités très diverses, et ils ont sur un certain nombre de sujets importants des positions très différentes, mais ils ont malgré tout en commun un certain nombre de convictions et de valeurs qu'ils entendent réaffirmer.

- Leur attachement au principe républicain et, en conséquence, leur refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective.

- Leur attachement aux fondamentaux d'une laïcité ferme et tolérante, gage de la paix civile.

- Leur attachement à l'indépendance de la presse et au pluralisme de l'information.

- Leur attachement aux grandes options qui ont guidé, depuis cinquante ans, au-delà des clivages partisans, une politique étrangère digne, attachée à la défense du droit des peuples et soucieuse de préserver l'indépendance nationale et de construire une Europe propre à relever les défis du XXI° siècle.

Au-delà de leurs divergences, les soussignés tiennent à rappeler leur engagement à défendre, séparément ou ensemble, ces impératifs, comme toujours cela fut fait au cours de l'Histoire de la République.

Pierre Lefranc, ancien chef de cabinet du Général de Gaulle
Dominique de Villepin, ancien Premier ministre
Ségolène Royal, ancien ministre, Présidente de la région Poitou-Charentes
François Bayrou, ancien ministre, député des Pyrénées-Atmantiques
Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre
Corinne Lepage, ancien ministre
Nicolas Dupont-AIgnan, député de l'Essonne
Bertrand Delanoë, maire de Paris
Maurice Leroy, député de Loir-et-Cher
Noël Mamère, député de la Gironde
Jean-Christophe Lagarde, député de la Seine-Saint-Denis
Marielle de Sarnez, conseillère de Paris
André Gérin, député du Rhône
Arnaud Montebourg, député de la Saône-et-Loire
Jacqueline Gourault, sénatrice du Loir-et-Loire
Jean-Pierre Brard, député de la Seine-Saint-Denis
Jean-Paul Bled, président des Cercles universitaires d'études et de recherches gauliennes

Source : Marianne

Merci à Christine

Interview en date du 12  février 2008 :

La cote de confiance de Nicolas Sarkozy est en chute libre. Comment l'expliquez-vous ?

Cette baisse est le symptôme d'une crise politique à la fois sociale et morale. Les Français sont angoissés par la baisse de leur pouvoir d'achat et la précarité. Petites retraites, éducation, santé, banlieues... nous constatons une absence de résultats alors que Nicolas Sarkozy a fait des monceaux de promesses. Aujourd'hui, elles lui reviennent comme un boomerang. Il y a aussi un problème de tenue, de comportement du chef de l'Etat. Sarkozy est en train de décrédibiliser la parole politique et la fonction présidentielle.

Mais François Fillon, lui, gagne des points... 

Le Premier ministre profite du vide présidentiel. Les Français ont besoin de se raccrocher à quelque chose. Nicolas Sarkozy n'est élu que depuis huit mois et il reste encore plus de quatre ans de mandat ! Depuis son élection, le chef de l'Etat a créé six impôts nouveaux alors que la hausse des prix affecte le pouvoir d'achat : on nous occupe avec un feuilleton médiatique tandis qu'en profondeur les inégalités s'aggravent et la récession menace.

Que retenez-vous du retrait de David Martinon à Neuilly ?

Cette affaire est révélatrice d'une mauvaise conception de l'action politique. L'élection, c'est d'abord le respect des électeurs. Ce n'est pas le fait du prince. Le président est en pleine dérive monarchique en désignant qui est son successeur ou qui ne l'est pas, à quel moment on l'installe et à quel moment on le retire... Cette péripétie ridicule offre un spectacle affligeant de la morale politique.

Le PS est-il le favori des prochaines élections municipales ?

Ce scrutin peut permettre de sanctionner le président de la République afin qu'il se ressaisisse. Il y a une telle désillusion que les électeurs peuvent adresser un avertissement très fort. Mais c'est aussi l'occasion d'un vote de projets. Villes, départements et régions socialistes prouvent au quotidien qu'il y a d'autres façons de gérer l'argent public. En Poitou-Charentes par exemple, je conditionne l'obtention d'aides à l'interdiction de délocaliser quand les entreprises font des bénéfices.

Certains dirigeants socialistes évoquent un gain de 30 villes...

Méfions-nous des objectifs chiffrés. Les électeurs n'aiment pas du tout que l'on annonce des résultats avant même qu'ils ne se soient exprimés.

Etait-ce vraiment utile de passer cinq jours aux Etats-Unis comme vous venez de le faire ?

Oui. Je soutiens beaucoup de candidats aux municipales. En même temps, ma responsabilité est de continuer à travailler en profondeur. Dans cette optique, mes rencontres avec des chercheurs de la prestigieuse université Harvard ont été très fructueuses pour maintenir et attirer la recherche en France. Je travaille collectivement et sans tapage pour, en temps voulu, contribuer à l'élaboration d'un projet crédible.


 
C'est un verdict sévère qui vient d'être rendu sur les huit premiers mois de la présidence Sarkozy : en janvier, le moral des ménages a atteint un minimum historique. Stagnation des salaires, croissance faible, hausse des prix, déficits publics, absence de perspectives pour les jeunes, dont le pessimisme est plus fort que partout ailleurs : l'inquiétude est vive.

Malgré les promesses inconsidérées, nous savions bien que tous les problèmes ne seraient pas résolus en un an. Mais nous étions au moins en droit d'attendre que la situation ne s'aggrave pas. Aujourd'hui, règne la brutalité d'un système où l'argent fou fait la loi, où les valeurs humaines reculent chaque jour un peu plus, où le plus grand nombre paient pour des puissants dont l'impunité est proportionnelle à l'irresponsabilité.

Le choc de confiance promis a laissé place à un choc de défiance, qui dégénère aujourd'hui en vent de révolte. Tout était possible, hier ; mais trop de temps et de fonds publics ont été gaspillés. L'urgence du pouvoir d'achat n'a pas été traitée, l'avenir n'a pas été préparé, la désinvolture publique a tenu lieu de morale politique.

Chacun a compris que le "paquet fiscal" n'avait pas fait frémir d'un dixième la croissance. Pourtant, avec 15 milliards d'euros dépensés chaque année, le budget des universités et des centres de recherche aurait pu être durablement multiplié par deux. La prime pour l'emploi aurait pu être également doublée, donnant à plus de huit millions de salariés français l'équivalent d'un treizième mois. Et avec 15 milliards d'euros, il y avait encore de quoi amorcer notre désendettement.

Quant aux réformes engagées, universités, retraites, marché du travail, elles sont toujours partielles, souvent injustes et à l'effet aléatoire. La réforme du marché du travail, par exemple, consacre la fusion entre ANPE et Unedic : pourquoi pas ? Mais les moyens en faveur d'un service public de l'emploi efficace et d'une véritable sécurité sociale professionnelle ne sont pas engagés.

Pour remplir les caisses qu'il a contribué à vider, Nicolas Sarkozy est devenu "monsieur taxes". Taxe sur la santé avec les franchises médicales, hausse du rendement de la TIPP et de la TVA, création d'un impôt sur les séjours hôteliers, taxation de la publicité, retour en clair-obscur de la TVA sociale : le gouvernement demande aux revenus moyens et modestes de rembourser un bouclier fiscal qui a notamment rapporté 350 millions d'euros à 16 000 contribuables privilégiés.

Il est donc plus que temps de remettre de l'ordre et de s'attaquer aux vrais problèmes. Aujourd'hui, ce n'est pas la quantité de travail des actifs occupés qui fait défaut en France, c'est le chômage des moins de 25 ans et celui des plus de 55 ans qui posent problème ; ce ne sont ni la durée ni le coût du travail qui pèsent sur la compétitivité et entraînent 40 milliards d'euros de déficit de la balance extérieure, mais les investissements en innovation des PME qui manquent.

L'époque des "trente glorieuses", marquée par la rigidité des entreprises et des marchés, est révolue. Innovation, concurrence et mobilité sont désormais la loi de l'époque, pour le meilleur ou pour le pire, selon ce que l'on en fera. Il ne s'agit pas simplement de nous adapter à cette nouvelle donne ! Il faut en être les pionniers vigoureux : le politique est là pour faire en sorte que chacun change, entrepreneurs comme salariés.

Or, c'est toujours aux mêmes qu'il est demandé de faire des efforts. Il y a les gagnants de la mondialisation, qui ont le pouvoir de s'inventer un futur. Il y a ceux qui rêvent au futur qu'ils pourraient avoir si on leur donnait leur chance. Et enfin, il y a ceux qui ne peuvent même plus rêver, parce qu'ils sont tenaillés par les soucis quotidiens.

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Source Le Monde

Voir l'interview de Ségolène Royal de lundi 14 janvier sur NOUVELOBS.COM

Lire le script sur  DESIRS d'AVENIR


Ségolène Royal était l'invitée ce soir du 20 heures de France 2 :


Ségolène Royal a estimé mercredi sur LCI lors de l'émission "L'invité politique de Christophe Barbier" que "Les 35 heures correspondent à un vrai besoin humain", dénonçant "la provocation et l'improvisation" dont a fait preuve Nicolas Sarkozy en reconnaissant vouloir mettre fin aux 35 heures lors de sa conférence de presse à l'Elysée.

"S'il n'y a plus de durée légale du travail, à ce moment-là comment va-t-on mesurer les heures supplémentaires?".

Elle a dénoncé une mesure "inapplicable" et "un coup porté aux salariés", provoquant "une grande déception, une grande colère" dans le pays. "Pourquoi brutaliser à la fois les salariés pour qui les 35 heures correspondent à un vrai besoin humain, celui de se reposer, de s'occuper de sa famille, et les entreprises qui ont eu beaucoup de mal à les mettre en place, qui aujourd'hui sont à peu près stables?".

"A force de vivre comme un milliardaire et de se déplacer dans les jets privés de ses amis", Nicolas Sarkozy "ne se rend plus compte de la situation actuelle de la France, de l'angoisse des Français, de leurs inquiétudes, de leurs désillusions aussi". "Je pense qu'il faut qu'il redescende sur terre."

Source : Désirs d'Avenir 
 

Video de l'émission :

 



 
Ségolène Royal a affirmé hier son intention de «servir à fond le Parti socialiste en s'y impliquant totalement».
Vous envisagez désormais de prendre les rênes du PS, mais ne vous en êtes-vous pas tenue trop éloignée depuis l'élection présidentielle ?

Ségolène Royal. Je ne le crois pas. J'ai profité de ces quelques mois pour lire, écrire le bilan auquel je m'étais engagée*, travailler sur le fond et accepter des invitations politiques à l'étranger. Et à chaque fois avec des élus et des responsables socialistes ! Et consacrer du temps à mes enfants et à mes amis. Cette respiration était nécessaire. Du coup, cela a créé une interrogation sur mes projets. Certains m'ont crue anéantie. Eh bien non ! J'ai beaucoup réfléchi, beaucoup consulté, et j'ai entendu tous ceux qui me demandaient si j'allais les laisser tomber. Je pense notamment aux jeunes des quartiers, mais pas seulement, qui attendent tellement que la politique change, et à d'autres qui ont cru à certains slogans et qui aujourd'hui se sentent trahis et nargués.

Vous pensez que les courants, dans l'opinion comme au PS, vous sont encore porteurs ?

Dans de multiples signes quotidiens, je peux vous dire que le lien avec les Français est resté intact. A chaque fois, j'en éprouve la même émotion. Tant de gentillesse, de générosité, d'attente ! Les millions de voix qui se sont portées sur mon nom au second tour de la présidentielle me donnent surtout des devoirs et une incontestable expérience. Personne ne peut contester qu'il y a un potentiel à mettre au service du PS et de la préparation de l'alternative. Je suis très heureuse de voir que beaucoup des idées que j'ai portées durant la campagne sont aujourd'hui largement reprises, notamment dans le cadre des forums du PS. Nicolas Sarkozy continue de piller les propositions qu'il combattait il y a encore six mois, je pense à la réforme de l'indice des prix. Il vient même de reconnaître qu'on ne peut réformer un pays sans dialogue social, quelle découverte ! Mais que de temps perdu et de dégâts en sept mois ! Il a aussi dérobé à Edgar Morin le concept de « politique de civilisation », alors que sa méthode est aux antipodes de cette humanisation des politiques publiques.

Certains vous reprochent de lancer une offensive pour prendre le contrôle du parti alors que démarre la campagne des municipales...

Je m'intéresse à l'avenir du PS, je travaille et j'irai jusqu'au bout de ce travail en équipe. Ne nous trompons pas. Ce sont les polémiques entre socialistes qui nuiraient à la dynamique de la campagne municipale. Et je mets en garde ceux qui s'amuseraient, une fois de plus, à se tirer une balle dans le pied. Car, voyez-vous, c'est le mouvement qui fera gagner des mairies supplémentaires. J'ai fait bouger les lignes durant la campagne. Le travail politique doit d'abord se faire sur les idées. La question du leadership et de ma responsabilité se posera à ce moment-là, et à ce moment-là seulement.

Ecartez-vous l'hypothèse de vous rallier à un premier secrétaire autre que vous-même ?

La question n'est pas d'actualité. Cela ne vous empêche pas de pousser les feux du débat interne... Tant mieux s'il y a du débat ! Pour moi, la politique, c'est faire mouvement d'entraîner, de donner envie.

Quand souhaitez-vous que le congrès ait lieu ?

Ce qui compte, c'est le contenu. Et il faut que les socialistes soient fraternels les uns avec les autres quelle que soit la densité des débats, qui doivent être utiles à la France.

Quel est votre programme immédiat ?

Retravailler avec tous les socialistes, y compris ceux qui hier n'ont pas été à mes côtés, pour rassembler, réunir, consulter, discuter, proposer. Stimuler les forums participatifs dans le cadre des municipales. M'impliquer pleinement aux côtés des candidats aux municipales et cantonales qui me le demandent. Poursuivre le travail de réflexion en profondeur pour le mettre demain au service des Français, pour le traduire en action et en résultat. Et participer, le 20 janvier, au forum sur la rénovation du PS qui se tiendra à la Mutualité, à Paris.

* « Ma plus belle histoire c'est vous », Editions Grasset.
  
Propos recueillis par Philippe Martinat - Le Parisien

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