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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 18:42

Symposium international

« Chimie verte, carbone renouvelable et procédés éco-responsables »

En Poitou Charentes 21 – 24 mai 2013 ( La Rochelle )

Chers amis,

J'ai ouvert hier le Symposium international de la Chimie verte à La Rochelle aux cotés de la Société Internationale de Chimie et du CNRS, une première en Europe.

Événement majeur dans le domaine de la chimie verte en 2013, ce Symposium s'inscrit en totale cohérence avec la politique régionale de l'excellence
environnementale et rassemble l'ensemble de la communauté scientifique internationale .

Plus de 500 chercheurs, experts et universitaires sont présents mais aussi des chercheurs des sections « Recherches et Développement » de grandes entreprises
comme Total, L'Oréal, Arkema, Solvay-Rhodia, Dupont, BASF, Roquette, Borregaard, EDF, Chimex, Seppic, Valagro ...

A noter la présence exceptionnelle de Paul ANASTAS, directeur de l'Institut de la Chimie Verte, Yale USA, père de la chimie verte et conseiller scientifique de Barack Obama.

Pendant 4 jours, la communauté scientifique rendra compte des avancées de la recherche et fixera de nouvelles perspectives.

Je me réjouis de cet événement en Poitou-Charentes qui ne doit rien au hasard mais vient récompenser une politique régionale ambitieuse dans ce domaine, à l'image de l'Institut de la Chimie Verte créée fin 2012 dans la Région.

Cet Institut de la Chimie Verte en Poitou-Charentes permet de fédérer toutes les compétences régionales, depuis la recherche amont et
fondamentale jusqu'à la recherche industrielle. Il offre la possibilité de renforcer les moyens de recherche pour dynamiser l'innovation et participe au développement économique, social et écologique régional.

En Poitou-Charentes, la chimie régionale, associée à la plasturgie, représente plus de 5000 emplois répartis sur environ 116 unités de production, dont une majorité de TPE/PME impliquées dans une chimie fine à haute valeur ajoutée (colorants et pigments, produits azotés, engrais, conditionnements, cosmétiques, peintures, vernis, colle, produits pharmaceutiques de base...).

L'outil de recherche est concentré sur les universités de Poitiers et La Rochelle et les structures de transferts telles que Valagro ou les CRITT.

J'ai rappelé à cette occasion toutes les actions menées par la Région depuis 2004 en faveur de la Croissance Verte et la mutation écologique de l'économie.

850 entreprises et centres de recherche mobilisés autour du Pôle de compétitivité des éco-industries de Poitou-Charentes;

1ère Région d'Europe pour le plan énergie solaire, grâce à un partenariat précurseur avec la Banque Europeénne d'Investissement , 270 Mégawatts Photovoltaïques visés à l'horizon 2015 et 1 000 en 2020 : 2 milliards d'€ d'investissements et plus de 2 500 emplois;

L'utilisation des carburants nouvelle génération, trains à basse consommation d'énergie ;

Le premier lycée Kyoto 100% énergies propres ,un bâtiment qui consomme 13 fois moins de chauffage et 22 fois moins d'électricité, soit moins de 5 kWh / m² par an ;

7000 maisons et bâtiments écologiques depuis 2005: 850 M€ d'investissement;

une région en pointe dans les technologies vertes et le carbone renouvelable ;

Le développement d'une filière de production de véhicules électriques à bas coût avec des aides à l'achat pour les particuliers, les entreprises et les collectivités ;

La création de Régionlib, un service d'auto-partage de véhicules électriques à l'échelon régional ;

L'interdiction des cultures d'Organismes Génétiquement Modifiés en plein champ et les aides dirigées vers la conversion des exploitations en agriculture biologique;

Une charte régionale "Terre saine" pour la suppression des pesticides avec déjà 226 communes engagées.


Vous trouverez ci-dessous mon allocution lors de l'ouverture du Symposium.



Ségolène Royal





Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureuse de souhaiter aujourd'hui la bienvenue à votre Congrès International, dont la Région Poitou-Charentes est partenaire, et à tous les spécialistes, venus de tant de pays, qui vont durant ces quatre jours débattre des avancées, des perspectives et des enjeux de cette chimie verte qui est le fer de lance de la mutation écologique qui constitue, pour notre XXIème siècle, une passionnante nouvelle frontière.

Permettez-moi de saluer tout particulièrement, en même temps que les compétences scientifiques et industrielles réunies pour cette rencontre mondiale de haut niveau, M. Paul Anastas, dont la conférence vient de donner brillamment le ton de ces journées, car il fut un pionnier et le père – chacun le sait ici – de ces désormais fameux « 12 principes de base » qui sont comme la Charte programmatique d'une chimie écologique plus sobre, plus propre, plus sûre, qui envisage l'impact environnemental et sanitaire des procédés et des produits chimiques dans leur globalité.

Merci à Joël Barrault et à François Jérôme, éminents scientifiques de l'Institut de Chimie des milieux et des matériaux de Poitiers, qui ont été la cheville ouvrière de ce symposium.

Une révolution culturelle dans la chimie fine


L'ancienne chimie industrielle assujettie aux dérivés des hydrocarbures, avec leur cortège de nuisances et d'accidents, correspond – nous en avons tous ici la conviction – à un paradigme dépassé.
Ce qui s'affirme avec une vigueur croissante, c'est une nouvelle philosophie et de nouvelles pratiques écologiques dans les domaines de la recherche, du génie chimique, de la production, du management environnemental mais aussi une transformation potentiellement radicale des modes de vie, des manières d'habiter, de se déplacer, de se nourrir, de se soigner.
C'est une transformation majeure qui a des impacts dans tous les domaines de la vie quotidienne.
C'est une véritable révolution culturelle, économique et sociale, qui n'est plus, de nos jours, cantonnée à des niches mais a vocation à irriguer et à métamorphoser toute la chimie fine et sa production de valeur ajoutée.


Poitou-Charentes :
le choix de l'excellence environnementale et de la croissance verte

Ici, en Poitou-Charentes, nous y croyons fermement car nous sommes ardemment engagés dans une politique globale de croissance verte et d'excellence environnementale.
Ici, en Poitou-Charentes, nous avons la conviction que la recherche scientifique, l'innovation technologique et le dynamisme industriel, alliés à des politiques publiques volontaristes qui anticipent et accompagnent la révolution écologique dans toutes ses dimensions, constituent un gisement essentiel de valeur ajoutée et de compétitivité, de création d'emplois durables, d'amélioration de la qualité de la vie et de justice sociale.
Il est là, à mes yeux, le levier majeur d'une sortie de crise par le haut et de l'avènement d'un nouveau modèle écologique, économique et social.

C'est pourquoi, depuis 2004, nous nous sommes radicalement et résolument engagés dans cette voie et cela, dans tous nos secteurs d'intervention.
Nous avons fait le choix du développement volontariste des énergies renouvelables et, aujourd'hui, les résultats sont là : notre production dans ces domaines dépasse la moyenne nationale et la diversification de notre bouquet énergétique avance à grands pas, épaulée par des appels à projets lancés par la Région et par l'invention de financements innovants pour les entreprises et pour les ménages.
Car notre parti-pris est d'agir conjointement de l'amont (la recherche fondamentale et appliquée) à l'aval (l'industrialisation et la mise à la disposition de tous d'énergies sobres et propres), d'agir conjointement sur l'offre et sur la demande.

Nous avons dépassé les objectifs initialement fixés par notre plan solaire régional.
Nous sommes la première Région d'Europe à avoir mis en place un Fonds de résistance photovoltaïque pour aider nos PME et abaisser le coût des installations solaires.
Nous promouvons le transport propre dans nos trains régionaux et le développement d'un véhicule électrique mis au point en Poitou-Charentes.

Nous soutenons la diffusion de l'habitat écologique dans les logements sociaux comme dans les maisons individuelles, en agissant sur la construction, l'isolation et la réhabilitation, ce qui a déjà permis la création de 5.000 emplois nouveaux et représente, en diminuant les charges, un gain de pouvoir d'achat pour les ménages.
Nous venons d'ailleurs décider, avec la mise en place du Centre régional des énergies renouvelables, que tous les bâtiments subventionnés par la Région devaient être à énergie passive et utiliser des éco-matériaux dont la production se développe sur notre territoire, manière d'anticiper les normes du futur.
Comme nous l'avons fait en construisant le premier lycée français zéro énergies fossiles.

Nous soutenons la conversion des exploitations à l'agriculture biologique et l'extension des terres saines sans pesticides.
Nous sommes également très activement engagés dans le développement de la filière méthanisation pour la production d'électricité et de chaleur, pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre mais aussi parce qu'elle est créatrice d'activités et d'emplois locaux.

Pardonnez-moi cet aperçu, au demeurant très partiel, d'un choix stratégique régional qui ne vise pas à verdir superficiellement des manières de faire inchangées mais à accélérer une mutation que nous voulons globale, une mobilisation qui concerne tous les secteurs technologiques, économiques et sociaux.

Un potentiel scientifique remarquable,
des entreprises dynamiques et innovantes

Ici, en Poitou-Charentes, nous avons la chance de disposer d'un potentiel scientifique remarquable et d'un tissu de PME innovantes qui ne demandent qu'à aller de l'avant.

Je pense en particulier aux chercheurs de l'Institut de Chimie des milieux et des matériaux de Poitiers, qui ont notamment réussi à lever certains verrous scientifiques et technologiques liés à l'utilisation du carbone renouvelable.
Je pense aux équipes pluri-disciplinaires des laboratoires de l'Université de La Rochelle qui associent des chimistes spécialistes de biocatalyse et des chimistes organiciens.
Je pense naturellement à nos amis de Valagro et à vous, cher Jacques Barbier, avec qui depuis bientôt 10 ans nous creusons obstinément ce sillon : démontrer la faisabilité d'éco-procédés et d'éco-produits innovants, les breveter et les développer dans des domaines comme les huiles végétales ou algales aux multiples applications industrielles, les éco-matériaux pour l'emballage, la valorisation des matières cellulosiques ou la biotechnologie pour les procédés industriels.
Je pense aussi aux différents Centres régionaux d'innovation et de transfert de technologie, parties prenantes de cette mobilisation générale pour la croissance verte et l'excellence environnementale.

Le potentiel est là et j'estime de notre devoir, à nous pouvoirs publics régionaux (mais cela vaut aussi bien à l'échelle nationale et européenne), de le renforcer, de lui faciliter la tâche, de lui ouvrir les plus vastes horizons en nous engageant aux côtés de celles et ceux qui prennent le risque d'innover et d'entreprendre.

Une action publique volontariste :
le Pôle des éco-industries et l'Institut régional de la Chimie verte

C'est pourquoi nous avons créé ensemble, dès 2005, ce Pôle régional des Eco-industries qui met en réseau tous les acteurs de cette filière prometteuse (chercheurs des laboratoires publics et privés, grands groupes et PME, formateurs aussi, soit au total près d'un millier d'organismes et 25.000 emplois régionaux). Tous concourent à la réduction des émissions de gaz à effet de serre selon deux axes de travail en commun : la substitution des énergies renouvelables (issues de la photosynthèse ou du recyclage des déchets carbonés) aux énergies fossiles et les économies de carbone fossile (par l'écologie industrielle, l'éco-habitat, l'électro-mobilité, etc.).

Ce pôle d'excellence et de compétences structure aujourd'hui une véritable filière scientifique et industrielle, source d'innovations technologiques, de performances économiques et d'emplois non délocalisables.

C'est pourquoi également nous venons de créer un Institut de la Chimie verte qui associe notre Pôle des éco-industries et l'Union des industries chimiques, afin de conforter et d'accentuer dans notre région la place centrale de la chimie verte au cœur de l'innovation et de la mutation écologiques, en adéquation avec les compétences présentes sur notre territoire et autour de 6 thèmes fédérateurs : les matières premières renouvelables, le recyclage, les matériaux avancés, la chimie pour l'énergie, les procédés éco-efficients et l'éco-conception.

Nous venons d'ailleurs, la semaine dernière (17 mai), de décider d'apporter la soutien de la Région aux 6 premiers projets de recherche de cet Institut de la Chimie verte :
- sur la dépolymérisation des colles pour les panneaux de bois utilisés dans le bâtiment ;
- sur de nouveaux fluides biodégradables, non cancérigènes, faiblement inflammables et compétitifs, à destination des industries nautiques, aéronautiques, mécaniques, etc. ;
- sur de nouveaux composés diélectriques pour l'acheminement et l'exploitation éco-responsable des énergies marines ;
- sur la valorisation des déchets de bois dans la production d'éco-carburants de nouvelles générations ;
- sur l'influence thérapeutique du resvératol, composé naturel, dans le traitement de la dégénérescence maculaire liée à l'âge (projet qui mobilise également le service d'ophtalmologie du CHU de Poitiers) ;
- et enfin sur l'optimisation de la méthanisation (thème d'un grand chantier régional dans une perspective, notamment, d'autonomie énergétique des territoires).

Tout ceci pour vous dire, Mesdames et Messieurs, les très profondes raisons que nous avons d'être heureux d'accueillir votre congrès international et combien j'attends, pour ma part, beaucoup de vos travaux et de vos échanges pour éclairer et approfondir notre action.

La science est affaire de rigueur et d'imagination. D'obstination méthodique et d'intuition. Et de passion.
Elle porte dans ses flancs bien des révolutions à venir.
Celle, en pleine accélération, née de la chimie verte nous ouvre, dès aujourd'hui, des horizons passionnants et nous offre, je tiens à le redire en conclusion, un formidable levier de sortie de crise, de création d'activités et d'emplois durables, de bien-être pour les hommes et les femmes de notre temps.

L'aventure commune de la science et de la poésie


Primo Levi, qui fut chimiste et écrivain, a formidablement décrit cette aventure mentale qui était, pour lui, commune au poète et au scientifique.
Il a dit combien la chimie avait influencé son écriture en y introduisant le goût de l'analyse et de la description objective, le besoin d'élucider les sources des problèmes pour les résoudre, la permanente et créative remise en cause des acquis.
Primo Levi tenait le tableau de Mendeleiev pour un véritable poème et a écrit un livre, « Le Système périodique », dont chaque chapître porte en titre le nom d'un de ces éléments.
Le dernier chapître narre les aventures d'un atome de carbone qui, après avoir séjourné quelques millions d'années dans un banc de calcaire, s'en échappe à la faveur d'un coup de pic, pénètre le corps d'un faucon, se retrouve dans une feuille de vigne et dans du vin, puis dans un cèdre, un ver du bois et bien d'autres abris temporaires dans lesquels il effectue plusieurs fois le tour du monde avant d'être absorbé par le narrateur, clin d'œil de Primo Levi, auquel il fournit l'énergie nécessaire à l'écriture de son dernier chapitre.

Je ne doute pas que la Chimie verte, science de l'avenir et du présent, trouve à son tour quelques talents créatifs, comme les scientifiques que vous êtes (et peut-être même parmi vous), pour se livrer à la célébration littéraire du carbone renouvelable !

Je vous remercie et vous souhaite à tous d'excellents travaux.

Site : www.presidente.poitou-charentes.fr

Compte Facebook : facebook.com/segoleneroyal

Compte twitter : twitter.com/royalsegolene

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